Je vis, davantage en noctambule qu’en habitant diurne, dans "La Petite-#Turquie" ou "Le Sentier turc" de Paris… Je me souviens, voici quinze-vingt ans des coups de feu en pleine(s) rue(s), la nuit tombée, entre Kurdes et services (aussi, parallèles) turcs. Bien sûr aussi, de l’assassinat de trois militantes kurdes, début janvier 2013, à quelques dizaines de pas, rue Lafayette. Le présumé coupable, Omer Güney, était en liaison avec les divers services turcs, désormais regroupés sous l’autorité directe d’#Erdogan. Les autorités françaises ont déjoué sa tentative d’évasion appuyée par des membres des services turcs. Lesquels ont été depuis promus. On ne sait actuellement s’ils sont toujours en service, ou en prison, soupçonnés ou non d’être liés au mouvement Gülen (Fetö).

 

Des familles divisées

Dans mon quartier, le climat est lourd. Entre Turcs, pendant des réunions familiales, lors des dernières élections les invectives volaient entre pros et antis-Erdogan. Des couples turcs ayant autrefois voté pour son parti, l’AKP, ont voté pour le HDP, considéré pro-kurde. Depuis le putsch militaire raté, les clivages se sont accentués… Au point que je ne saurais relater des propos, même en les attribuant à des personnes dont je modifierai les initiales, par mesure de sécurité. En Allemagne et Autriche, quiconque, Turc sunnite, Turc alévi, ou Kurde, présumé opposé à Erdogan ou soutien trop mol, est l’objet d’insultes, de menaces, voire d’attaques… Erdogan veut éradiquer le Fetö partout où il serait présent. 160 pays ont reçu des injonctions afin de fermer toute institution liée au mouvement Gülen (ou désigné tel). Mais en fait, tout opposant lui est assimilé et désigné "traître". 

Cela concerne aussi la France – et en particulier mon quartier – comme l’a relaté à Libération le rédacteur-en-chef de Zaman France. Il s’agit d’un hebdomadaire, et d’un site mis à jour quotidiennement, totalement indépendant du quotidien Zaman, dont tous les journalistes sont détenus ou en fuite. Ils ont en fait été révoqués dès mars dernier pour les anciens, leurs remplaçants sont en prison ou se cachent. Qu’importe que Zaman France ait titré "La République sauvée par le peuple" au lendemain du coup d’État militaire. Emre Demir, et son équipe de neuf personnes, sont depuis l’objet de menaces, de propos et courriels haineux. Les désabonnements à l’hebdomadaire se succèdent : "chaque abonné risque gros (…) cette personne, puisqu’elle lit Zaman, est une terroriste". En Turquie, les abonnés de la version turque (censurée depuis) se voient confisquer leurs biens, bloquer leurs comptes bancaires, et privés de leur passeport.

 

Un même islamisme radical

Va-t-on voir (ou plutôt revoir), en France, les milices islamistes et les services turcs se livrer à des intimidations, exactions, voire extorsions et meurtres ? Il n’y a pas que Paris : il y aussi les villes frontalières de l’Allemagne et de la Suisse ; la « Turquie de l’extérieur » est présente dans toutes nos grandes villes. Elle est profondément divisée entre kémalistes (nationalistes laïque), soutiens d’Erdogan, opposants, fondamentalistes musulmans. Les opposants en France craignent que leurs biens en Turquie soient saisis, leur famille emprisonnée. Toute manifestation, à la Porte-Saint-Denis (Paris), est surveillée par les services qui prennent des photos. Les mosquées turques de France sont désormais pratiquement toutes vouées à la dévotion d’Erdogan, "envoyé d’Allah". Il n’y a plus désormais l’ombre d’une allumette entre le fondamentalisme musulman d’Erdogan et le sectarisme de Daesh, juste des conflits d’intérêts liés à des trafics dans lesquels est impliquée la famille du "sultan". Mais cette allumette peut à tout instant provoquer, en France, une explosion… L’attentisme, la procrastination, n’a jamais été une politique féconde ; qu’en disent Hollande, Bayrou, Juppé, Sarkozy et d’autres ? Rien. Il devient urgent de se poser les questions essentielles. Pres de cent milles arrestations devraient faire réfléchir. #Islam