Depuis 2001, la Real TV multiplie ses programmes, au grand plaisir d’un public de plus en plus demandeur. A ce jour, on compte une vingtaine de programmes de téléréalité, toutes chaînes francophones confondues. Je ne parle même pas des sites et journaux people qui sous des dehors moyennement innocents, se révèle d’une nocivité que peu de gens comprennent… ou admettent.

Les psychologues et sociologues ne cessent de décrier cette toxicité. Malgré tout, on écoutera davantage une punaise siliconée et ses «Allo quoi?» au lieu de se plonger dans l’opus de M. Desmurget, «TV Lobotomie» qui n’est pas un livre facile, mais qui dénonce les dangers de la télévision surconsommée. Bien que je n’adhère pas à tous les arguments avancés, il faut reconnaître sa grande maîtrise du sujet, faits et statistiques appuyant avec force son plaidoyer.

En tant que spectatrice lambda, je plaide coupable: j’avoue regarder certaines séries policières, tout en gardant à l’esprit que ces histoires ne reflètent pas la réalité. Mais jamais, je ne m’abaisserais à voir se pavaner des blaireaux complètement crétins et des semi-catins jouant aux Cendrillons de neuvième zone. Beaucoup m’accuseront d’user de cette formule injurieuse. Et je sais déjà quelles remarques je m’attirerai sur les réseaux sociaux.

Je centrerai alors mon argumentation sur le point le plus préjudiciable. D’abord, les participants ne s’y présentent pas que pour des gains financiers. C’est le besoin de reconnaissance qui les pousse à jouer le jeu. Ces jeunes qui visent les gains narcissiques ont généralement une très faible estime d’eux-mêmes. En jouant le métrosexuel décérébré ou la bimbo donneuse de leçons, ils cherchent, plus ou moins inconsciemment, à prouver leur valeur. Souvent issus de milieux intellectuellement défavorisés, ils minimisent les dangers encourus tout en surévaluant les gains d’estime. Malgré les apparences, ce sont des êtres vulnérables

Jamais ils n’imaginent qu’on les oublierait. Ce qui explique partiellement le nombre de dépressions, suicides et overdoses de candidats qui, après avoir été surexposés pendant une saison, ne peuvent admettre plus tard que leur quart d’heure de fausse gloire était un leurre, certes agréable, mais bel et bien passé. 

Mais quid de ce public d’ados et de jeunes adultes ? Il y a d’abord l’identification à ses stars de pacotille. On se juge, on se jauge, par rapport aux participants. La vulgarité est devenue la norme, l’élégance est considérée comme ringarde. De même, l’exhibition de l’intimité psychologique et le fait d’écraser toute concurrence, contribue à un nouveau type de crise d’adolescence. Il faut être à ce jour sexuellement offensif, ne rien cacher de sa vacuité et surtout, démontrer que la vie est une jungle et que les outsiders et les esprits autonomes, s’ils sont mis à l’écart, voire bizutés, n’ont que ce qu’ils méritent.

Les plus fragiles vont jusqu’à l’extrême identification, singeant leurs "idéaux"  sur ceux de leurs idoles. Le comportement des participants, prêts à s’avilir au maximum pour réussir est dévastateur chez un ado en quête de son propre « moi ». En sous-entendant que les limites sont élastiques, que la fin justifie les moyens et que l’hypersexualité affichée est LE SEUL standard, la REAL TV diffuse une image déformée des rapports humains. Le jeune se retrouve ainsi face à une vaste illusion, où la valeur primordiale est la réussite médiatique à tout prix.

Vu que nous sommes dans un univers où la loi de l’audimat est reine, il est illusoire d’imaginer que l’on puisse interdire ce genre de programme. Il faudra se contenter que cette mode finisse par s’éteindre d’elle-même. 

Entre-temps, n’y a-t-il pas moyen d’y mettre quelques limites légales et de proposer une alternative à ce miroir aux alouettes empoisonné? #Télé-réalité #Psychologie #Société