Troquet, bar, bistrot... ces lieux sont les poumons des villages, le reflet d'une #société, l'âme des populations. Ce sont des lieux de rencontre, des offices de tourisme, des bureaux de vente, des salles de réunion au sommet, des parloirs, des postes de commandement politiques... On a tué ces antres de convivialité afin d'empêcher les citoyens de se concerter : c'est dans les arrière-salles obscures et enfumées des tripots que sont nées les plus grandes révolutions.

En France traverser un village à partir de 19 heures c'est l'assurance de ne pas rencontrer ame qui vive, ni même un lampion flottant au vent. Les rescapés du zinc ferment boutique comme des fonctionnaires de guichets de poste : normal ils en sont devenus les domestiques. Lorsque l'on quitte l'Espagne, le royaume des bars, des cafés, des cantinas, et que l'on franchit la frontière, on abandonne la lumière pour pénétrer dans les profondeurs d'une obscurité angoissante. "Amis voyageurs, un conseil: si vous ne voulez pas mourir de soif, faites l'acquisition de vos munitions avant de franchir la ligne pyrénéenne qui annonce les prémisses de la prohibition !". Alors que la France avise que quelques départements sont en alerte canicule, il s'avère que toute l'année elle est de plus en plus en alerte "sécheresse sévère" au niveau des débits de boissons.

Cette pénurie entraîne un vil repli sur soi, un enfermement méticuleusement orchestré par les décideurs politiques, qui eux puisent goulûment dans les meilleurs caves de Paris, sur le compte de l'assoiffé contribuable à la mine déconfite par l'angoisse et la peur du lendemain. Le bar a fermé après une fête mémorable. Il n'y aura plus de parties de cartes sous la lumière des néons qui nous faisaient des teints de malade de la jaunisse, plus de conversations exacerbées par un apéro qui perdure, plus de folles rigolades avec des voisins qui devenaient des copains de défoulement, des exutoires de ces jours minés par le cafard passager. La dernière blague à la mode il faudra aller la puiser dans le fourbi froid et mécanique d'internet. On ne commente plus les articles du journal lu au coin du bar. Ils ont tué le lieu de vie du village car il permettait à trop de citoyens de pouvoir échanger librement sur les sujets qui fâchent, ils permettaient de trouver facilement un plombier ou un as de la clef à mollette avec qui on signait un contrat à l'encre d'anis et que l'on payait de la main à la main. Ils ont tué notre liberté pour mieux se l'approprier.

D'aucuns diront (ces biens pensants cul bénis qui carburent à l'eau des bénitiers pendant que le serviteur de dieu s'envoie des appellations contrôlées régionales du meilleur calibre...), "les bars, ces lieux de débauche et d'excès n'ont rien d'indispensable dans notre société !". A cela je leur réponds: "Il y avait toujours un troquet situé en face l'église ! Mariages, baptêmes, enterrements, c'était un carrefour incontournable. Aujourd'hui il y a les cages d'escaliers insalubres. Pas à dire c'est nettement mieux !"

A la bonne vôtre, messieurs dames !  #Alcool #service public #Société