Cela n’a "rien à voir" puisque la #Turquie du sultan Erdogan se contrefout de l’opinion publique européenne. Mais la Turquie proteste officiellement contre la Suède, l’un de ses derniers soutiens – à l’inverse de l’Autriche – à envisager son entrée dans l’Union européenne. En cause, une décision de la cour constitutionnelle turque de ramener à 12 ans l’âge du consentement sexuel. Rien ne serait plus faux, se récrient à présent les autorités turques… Tant que le parlement ne se prononce pas, il n’y a pas à s’inquiéter.

 

Relever un pays exsangue

En fait, il s’agit de combler les trous dans l’armée et l’administration en réhabilitant des kémalistes – partisans d’institutions laïques – révoqués ou mis en prison lors des #purges précédentes, attribuées aux "Fetö" (le mouvement güleniste). Officiers de l’armée de l’air et magistrats seraient les premiers réhabilités. Oui, mais, ont-ils vraiment l’intention de reprendre du service dans une société de plus en plus islamisée ? Il faut donc les rassurer. Purger à la louche, à la pelleteuse, implique de pouvoir combler les gouffres creusés. L’âge de la retraite pour les universitaires vient d’être relevé à 75 ans : il faut assurer les cours. Mais les purges, ralenties, se poursuivent. Un autre journaliste d’Hürriyet a été arrêté hier, lundi ; un procureur en fuite a été interpellé à la frontière avec la Syrie, dimanche dernier. Deux colonels ont été interceptés alors qu’ils tentaient de rejoindre l’Égypte. Il devient impossible de recenser les fonctionnaires, les industriels, les cadres et dirigeants sur secteur privé entrés en clandestinité, dont les biens sont confisqués, les familles emprisonnées… On détient et révoque encore à tout-va.

 

La presse est totalement muselée et doit user d’artifices pour tenter de décrire la situation. Elle insiste sur "l’actualité heureuse" (genre : les touristes affluent de nouveau ; les exportations reprennent). Et tente aussi de justifier les revirements de la politique étrangère : avant, le sultan #Erdogan conspuait Bachar al-Assad ; depuis le rapprochement avec Poutine, allié du dirigeant syrien, tout redevient possible. C’est cela ou finir emprisonné, et voir les biens familiaux confisqués. Le redchef de Cumhurieyet (quotidien kémaliste), Dan Dündar, a jeté l’éponge : les menaces de mort l’ont convaincu de protéger sa rédaction. "Faire confiance à un tel pouvoir revient à mettre sa tête sous la guillotine", a-t-il commenté depuis l’étranger.

 

Les djinns du "Grand Satan" ?

Pour les partisans d’Erdogan et de l’AKP, son parti, il convient d’en rajouter afin de faire allégeance et ne pas risquer les purges internes. C’est ainsi que le maire d’Ankara vient d’accuser le Fetö, qui selon lui invoque des djinns néfastes, et avait planifié le déclenchement d’un tremblement de terre pour raser la capitale et la région de Marmara.  Cela, grâce à un « faisceau électromagnétique de basse fréquence » qu’Israël et les États-Unis – désignés complices de Gülen – pourraient déclencher. Erdogan a plus que décimé l’armée turque, la fonction publique, l’intelligentsia, et le secteur privé. Au profit d’affidés, de stipendiés compétents ou non. La purge s’étend aux artistes, comme la chanteuse Sila, à des sportifs. Oui, mais comment les remplacer ? Il ne restera plus que d’ex-opposants, comblés de titres, grassement rétribués, pour faire fonctionner la machine Turquie. Lesquels savent à l’avance qu’ils seront éliminés par la suite, quand une relève pro-Erdogan aura été formée. Officiellement, les purges ne concerneraient que 30 000 personnes. Toutes, sauf celles visées par des dénonciations anonymes encouragées, repérées à l’avance d’un coup d’État semblant de plus en plus provoqué, attisé, destiné à obtenir les pleins pouvoirs pour un rais islamiste radical. En resterons-nous plus longtemps dupes ?

Ce mardi, 120 suspects du secteur économique privé étaient recherchés, 136 avocats et fonctionnaires de la justice ont été arrêtés...