Suivre et surtout décrypter la campagne des élections présidentielles étasuniennes est ardu, même pour des chroniqueurs aguerris. Il faut saisir les arcanes partisans, ceux des mentalités électorales, et surtout, en particulier dans le cas de #Donald Trump, les subtilités de la médialogie nord-américaine. The Donald s’est vu boudé par les grands donateurs, même les plus traditionnels et constants du Parti républicain, engageant peu sa fortune personnelle, récoltant surtout les minimes contributions de ses plus chauds partisans des couches sociales peu possédantes. Le rythme de la campagne s’accélérant, l’écart entre les fonds récoltés par Hillary Trump et lui-même se creusant, le candidat républicain doit quand même financer l’intendance. Certes, alors qu’Hillary Clinton doit se cantonner à une campagne compatible avec son statut d’ex-ministre des Affaires étrangères et d’épouse d’un ancien président, Trump peut compter sur les médias pour, à coup de déclarations outrancières, se dispenser de la plupart des autres moyens de mener campagne. La sienne se fonde sur les recettes des émissions de télé-réalité (il en fut un animateur). C’est une sorte de Nabilla Benattia masculin, n’ayant plus besoin d’être cornaqué par la production. N’empêche. De plus, Trump n’a plus rien à espérer du Parti républicain qui préfère financer des campagnes locales (pour des postes de gouverneurs ou sénateurs) et s’est fait déjà flouer par Trump. Des fonds du parti sont retombés dans l’escarcelle de ses sociétés : location au prix fort de sa propriété de Mar-a-Lago (sauf pour la campagne de la procureure républicaine de Floride Pam Bondi, qui pouvait le faire chanter), location de ses golfs de Miami, Palm Beach, New York, réceptions dans ses restaurants de la Trump Tower, emploi de son 757 au lieu de son Cessna ou de vols sur des compagnies régulières, &c. Vues les sommes colossales globalement engagées, c’est relativement marginal, mais cela fait tache.

 

Appel au secteur militaro-industriel des États-Unis

Quel que soit le secteur ou presque, Hillary Clinton reçoit plus des industriels. Aussi, dernièrement, Trump a fait des appels du pied publics à l’industrie pétrolière (il n’en a reçu que moins de 530 000 $ contre quatre fois plus à sa rivale). Et là, hier soir, à Philadelphie, en promettant de très largement élargir les cordons de la bourse en faveur d’un réarmement massif, de remplacer les bombardiers B-52, de construire des croiseurs, des destroyers, de nouveaux sous-marins lance-missiles, &c., on se demande s’il ne cherche pas à séduire avionneurs, chantiers navals, et industriels de l’armement. À la louche, il laisse entrevoir 500 milliards d’USD de contrats supplémentaires, avec des engagements sur dix ans. Dire que les alliés des États-Unis, membres ou non de l’Otan, cracheraient pour bénéficier d’une meilleure protection, ne convainc guère le complexe militaro-industriel. Mais si, au final, le contribuable américain règle la facture, pourquoi ne pas financer Trump ? Il s’est concilié 88 généraux ou amiraux à la retraite qui ont signé un manifeste le soutenant (cela semble énorme, mais les États-Unis en comptent des centaines, certes pas autant proportionnellement que la France, mais pas si loin de nous). Comme en France, certains de ces retraités sont encore actifs dans l’industrie de l’armement. Mais Hillary Clinton assure avoir encore plus de soutiens parmi les anciens et actuels hauts-gradés. C’est bien sûr pour prévenir la guerre que Trump plaide pour la puissance militaire, comme l’assurait Ronald Reagan. Le Daily Beast a just relevé une – légère – contradiction : Trump avait l’habitude de dénoncer l’héritage budgétaire de la présidence Obama, une dette de 19 trillards de dollars. Recruter des militaires, c’est bien, s’assurer de pouvoir payer leurs retraites, c’est autre chose. #Élections #Etats-Unis