L’#Education est-elle devenue la plaie des gouvernements ? Fille d’une République qui finit par la malmener sous ses subversions successives, elle semble aujourd’hui réduite à un enfant bâtard dont la charge est une peine. Jaurès le disait lui-même : l’enseignement national, dans une démocratie, n’est pas une forme immobile et figée. Mais à force d’être tiraillée aujourd’hui entre des passions patriotiques et les désespoirs progressistes, l’éducation a le vertige. Au XXIe siècle, l’éducation française s’endort au fond de la classe.

L'éducation et la pédagogie au coeur des débats

Il est vrai que la pédagogie est une question qui n’a jamais eu de cesse d’agiter les esprits ; mais la pérennité d’un problème doit cesser d’être un argument destiné à apaiser les consciences. Fut une époque où des Durkheim se levait pour en protester – faute est de se demander aujourd’hui qui serait digne de lui succéder à la chaire de la République. 

L’éducation a toujours été sujet à mettre la France à feu et à sang, à sortir les grands attirails et les plus beaux discours – il est bien dommage que tous ces efforts se résument à un spectacle ô combien dérisoire. Il suffit de se souvenir des journées de la refondation de l’école où, il y a un mois à peine, trois ministres se sont succédé pour glorifier leurs « fils  rouges » si différents. Encore une fois, l’enseignement s’est retrouvé sujet à la lutte des personnalités sur la scène de leur gloriole. Vu d’en haut, le souvenir d’un nom est bien plus attrayant que celui de la réussite.

Le gouvernement s'enlise dans les réformes

Si Balzac disait « pisser de la copie », la France est un pays où l’on « pisse de la réforme ». Dans cette situation à l’aveuglette où elle réforme à tour de bras, l’Education Nationale finira bientôt par s’essouffler à tant donner dans le vide. Et dans ce mal typiquement français, elle calmera aussitôt ses ardeurs et répètera, encore une fois, qu’on « a tout essayé. » Tout, sauf ce qui aurait pu marcher.

Il suffit pour cela de se pencher de plus près sur la dernière réforme des collèges qui s’avère être d’une aberration étonnante – une réforme qui, selon la ministre, avait pour objectif de « lutter contre les déterminismes sociaux ; faire une école plus juste ; améliorer les résultats de l’élève. » Diminution draconienne des classes bilangues au détriment culturel et économique, suppression des sections européennes et orientales par dénonciation élitiste douteuse, tout semble être fait pour formater les élèves au nom de faux principes égalitaires.

Des élèves qui perdent le goût d'apprendre

Les nouvelles mesures prises par le gouvernement tendent à restreindre tout désir d’apprendre à l’élève et à alléger d’avantage sa subsistance culturelle. La suppression du latin dès le collège ne fait qu’entamer la rupture avec nos origines culturelles. Sur le long terme, elle ne donnera lieu qu’à des mises à la retraite anticipée, des plans de reconversion, mais aussi à un bouleversement ravageur d’institutions comme l’ENS Ulm, l’#Ecole des Chartes, l’Institut français d’Athènes ou l’Ecole française de Rome. Alors qu’elle revendique sans cesse ses valeurs humanistes, l’Education Nationale se refuse à continuer d’en enseigner les racines. Plutôt qu’un progrès, la nouvelle réforme fait un pas de plus dans la crise des humanités.

Plus dérisoire, la réforme semble sonner la fin de la grammaire dont le temps consacré par les enseignants devra diminuer de 20%. Il ne s’agit plus d’enseigner les conjugaisons à toutes les personnes, pas plus que de développer les raisonnements grammaticaux. L’essentiel est de donner le strict nécessaire pour écrire « sans trop de fautes ».

(à suivre)