Mardi dernier a commencé la construction du mur de Calais censé protéger les installations portuaires de la ville contre les #Migrants clandestins. Déjà surnommé #Muranti-migrants” par les media, le projet est symptomatique d’une époque de défiance.

 

Mur : le coût de la peur 

La barrière bétonnée implantée le long de la RN16, à seulement quelques centaines de mètres de la "Jungle" calaisienne, s’étendra sur 1 kilomètre mesurera 4 mètres de haut et comportera un pan végétal. Sa construction, décidée par l’Etat et l’exploitant du port de #Calais et financée par la Grande-Bretagne? devrait durer 3 à 4 mois et coûter pas moins de 2,7 millions d’euros. Cela sans compter l’entretien annuel dudit mur. La maire LR de Calais, Natacha Bouchard, après avoir soutenu le projet, dénonce son utilité depuis la promesse du Ministre de l’Intérieur de démanteler le bidonville. Selon la préfecture, ils seraient environ 6900 migrants et réfugiés à y vivre, 10 000 soutiennent les associations. Utopique de les reloger dans un pays de 66 millions d’habitants ? Une question à poser au Président qui se rend à Calais lundi 26 septembre.

 

Emmurer les valeurs démocratiques

Censé protéger, le mur est un symbole brutal qui vise à traiter de manière coercitive et dissuasive les effets d’un problème – les migrations illégales, et non ses causes. La fraternité de la belle devise française s’évanouit dans la Manche à mesure que les populismes croissent et faussent le problème. Le rôle ambigü de ce long chemin de béton suscite bien des critiques et réactive les débats anciens : protection ou cloisonnement ? Sauvegarde de la sécurité ou emprisonnement ? Il semblerait que l’on se trompe de combat en repoussant à nos frontières des femmes, des hommes à la vie menacée. A l’heure d’un monde en bouleversement, où les flux augmentent exponentiellement, l’idée paraitrait presque grotesque. Il suffit de jeter un oeil dans les archives de l’Histoire pour se rendre compte que jamais un mur, aussi impressionnant soit-il ait su arrêter les hommes.

 

“Murs de la honte”, triste rengaine d’une ère troublée

Aujourd’hui, dans un climat sécuritaire troublé et un contexte de migrations en essor, on dénote 65 murs de séparation contre 16 en 1989. Les crispations identitaires irradient le champ politico-médiatique et entrainent avec elle tout un essaim de simplismes, amalgames et polémiques. Donald Trump a fait du projet de mur de séparation avec le Mexique une de ses promesses phares. La “clôture de sécurité” en Cisjordanie construite en 2002 pour empêcher l’intrusion de “terroristes palestiniens” sur le sol israélien a vu son démantèlement exigé par la Cour Internationale de Justice. Sans parler du “mur de protection antifasciste” berlinois érigé en 1961 par le gouvernement est-allemand, “Mur de la honte” dont l’effondrement marquait la fin d’un système déjà défait moralement. Corée Sud-Corée Nord, Grèce-Turquie, Espagne-Maroc, les exemples sont nombreux et non-exhaustifs, pourtant, systématiquement symboles d’un refus du dialogue et d’un échec politique.

Alors, des murs pour combattre les maux, jusqu’à quand ? Redonner un sens à nos peurs, nos inquiétudes, mieux les comprendre pour mieux les résoudre, et si c’était ça, la politique ?