Dès l’insolite mise en cause de Michel Rocard et de son courant par #Jérôme Cahuzac, je m’interrogeai sur les questions de chronologie qu’elle soulève, minant sa crédibilité. Le procureur Jean-Marc Toublanc s’est sans doute interrogé de la sorte, et a disposé de toute la nuit de mardi pour creuser le sujet. Il a été aidé par Michel Charasse, mandaté par Mitterrand pour s’intéresser au financement du courant (sans « rien trouver ») et par la remarque de Jean-Paul Huchon : « Cahuzac ? Personne ne le connaissait ». Pourquoi donc s’adresser à lui ? Cahuzac ne briguera un siège de député qu’en 1997. En fait, en 1992, mis en relation par son épouse avec un avocat d’extrême-droite, Philippe Péninque, à présent plus proche du FN, Cahuzac est sans doute initié aux placements à l’étranger. Mettre en cause le courant Rocard lors de son procès, c’est tenter de plaider, au final, qu’il n’y connaissait rien, qu’il a cru agir pour la bonne cause, et qu’une fois mis au parfum, il n’a su résister.

 

Il ne s’agit pas de crier au sang, de réclamer le rouet en place de grève, et de se délecter de la repentance, feinte ou sincère, d’un délinquant fiscal en vue. Encore, que, dans le cas de ses homologues qui licencient des employées pour avoir prélevé quelques denrées après leur date limite de consommation révolue, la tentation peut effleurer. Mais il serait utile que d’autres, moins célèbres, moins exposés, puissent, sans s’exempter d’une transaction avec Bercy, se retrouver en correctionnelle pour l’édification des justiciables. Car un épluchage public aussi serré que celui subi par l’ex-ministre en dirait beaucoup sur le fonctionnement de notre société.

 

Désemparé, Jérôme Cahuzac ?

Implantologue, l’ex-médecin (radié) Cahuzac se rend au Moyen-Orient, en parallèle de son mandat de député, pour remplumer le crâne de riches clients. Ce serait parce qu’il ne se voyait pas rentrer en France avec des masses de billets, 110 000 € récoltés en trois jours, qu’il prie sa banque suisse de lui dépêcher au plus vite un convoyeur à l’aéroport. Où se poste le convoyeur, avant ou après les contrôles douaniers ? On ne le saura pas.  Vraisemblablement, Jérôme Cahuzac avait prévenu sa banque bien à l’avance et il fera de même ultérieurement.

 

En fait, Cahuzac est un sportif du semi-extrême, un joueur, qui se lance des défis. Frauder relève-t-il du commun, puisque tout le monde serait censé le faire dès qu’il est considéré que l’adage « trop d’impôt tue l’impôt » s’applique à la moindre imposition, ou cela dégage-t-il aussi un parfum irrésistible d’interdit transgressé ? Et plus cela devient compliqué, plus on brouille les pistes, fait transiter les fonds d’une planque à l’autre (en concédant aux passages de copieuses commissions aux intermédiaires), plus la partie semblerait pimentée ? Un peu comme persister et signer devant le tribunal en semant le doute sur le financement de la campagne électorale de 1995 avant de se rétracter en dédouanant Lionel Jospin. Virant ses fonds de Panama aux Seychelles, puis à Singapour, Cahuzac aura aussi utilisé le compte pivot de sa mère. Et financé, en des conditions douteuses, l’achat d’un appartement à Paris. Des « comportements à risque sur le plan sportif » métaphorise le prévenu. Patricia Ménard, son ex-épouse, co-accusée, se retient pour préserver son impassibilité. On voudrait croire qu’il se lancé en politique pour se prouver qu’il pouvait tenir un autre rôle que celui d’un artiste capilliculteur, et non pas pour servir de relais à des laboratoires le rétribuant pour influer en leur faveur. Le Point a… pointé que le tribunal semble peu curieux de fouiller les agissements de Philippe Péningue auquel Cahuzac aurait remboursé un prêt… dix ans plus tard. Péningue œuvrait pour la banque Rothschild. Ce n’est que plus tard (2008) que celle-ci employa Emmanuel Macron. « Le mimétisme du milieu sert de guide », confiait ce dernier à Martine Orange, de Mediapart. Oui, médiatiser des procès d’évasion fiscale, même mineurs, serait salutaire. #évasion fiscale #Justice