Je n'avais pu, au mois de mai passé, ignorer le lancement de la barre d'immeuble tout droit sorti des Chantiers de l'Atlantique et avais pris ma plume électronique pour écrire un article sur l'hideuse construction. Loin de moi l'idée de me positionner en oiseau de mauvais augure, je ne pouvais ne pas réagir à la suite du drame survenu hier : le décrochage subit d'un canot de sauvetage qui fait une chute de dix mètres et tue un membre d'équipage et en blesse grièvement deux autres. Une enquête est en cours et le gros bouchon devrait reprendre la mer sous peu. On ne peut que s'inquiéter lorsqu'un matériel dévolu à sauver des vies, en supprime.

Le rêve de croisière fait d'abord tourner la tête aux compagnies maritimes

La rentabilité, le mot fatal de notre magnifique époque, enrichit les tables à dessins des architectes navals et fait fumer les neurones des armateurs. Très sûrement inspiré des porte-containers, ces navires dédiés au transport maritimes au long cours et sur lesquels on empile un nombre considérable de "boites en acier", ce paquebot est probablement en train de nous envoyer des signes. Faire s'entasser 8000 personnes sur une surface flottante aussi réduite a de quoi interpeller le quidam. D'aucuns diront "le nombre de cabines, la profusion des lieux de distraction, la dimension des ponts... contribue à assurer un vrai confort".

A sa construction, le quartier de La Courneuve aussi fut un exemple de ce que l'homme sait faire...

Il y a des limites que l'on ne devrait pas franchir. En construisant des navire capables de transporter autant de touristes, on décide implicitement de quelle manière ils passeront leurs vacances. L'entassement des gogos sur le paquebot permet de tirer les prix au maximum et le choix de ce type de "croisière" ne pouvant s'appuyer que sur un critère purement financier, le client s'offre un séjour dans le décor rococo d'un tournage de série télévisée. Ici, on ne devrait pas parler croisière (sauf sur les brochures...) mais immersion orgiaque.

Qui veut connaitre la véritable vie en mer, évite soigneusement ce type d'expérience...

On devrait partir du principe que les risques encourus par les équipages et les passagers, sont proportionnels au gigantisme de l'ouvrage flottant (j'ai toujours du mal à qualifier "ça" de navire...). Alors que les plus grands bâtiments des flottes commerciales diminuent les effectifs navigant en introduisant toujours d'avantage d'aides à la navigation, dans le business juteux de la croisière on procède de manière opposée. Encore une fois l'enquête déterminera les raisons de cette tragédie (n'oublions pas que cela se passe à quai...) mais il y a fort à parier qu'il faille se résoudre très prochainement à revoir de prés les moyens de sécurité mis à disposition des passagers. N'oublions pas que le canot de sauvetage, même si il a considérablement évolué depuis le Titanic, n'en demeure pas moins étrangement archaïque et sous-dimensionné par rapport aux navires sur lesquels il est censé apporter son concours. #sécurité