Mars 2013, la #Manif pour tous revendique un million de manifestants dans les rues de Paris. Ce dimanche, ses organisateurs n’en comptent plus que le cinquième. Pourtant, il faisait beau. Plus significatifs sont les chiffres de la police : 300 000 (2013), 23 500 (2016). Qu’importent les scores réels de la Manif pour tous, en absolu ou pourcentage. Priment les raisons du reflux. Elles sont diverses, mais on peut risquer un classement. D’une part, les mariages entre homosexuels ou lesbiennes n’ont pas plus perturbé la société que la procréation assistée. D’autre part, la menace d’un pouvoir socialiste étranglant les écoles confessionnelles dites libres ne s’est pas concrétisée. Ensuite, François Hollande risque fort de ne pas être reconduit à l’Élysée. Enfin, mais n’est-ce pas finalement le plus important, entre les thèmes sociétaux de la Manif pour tous et celles de l’islam salafiste radical, il n’y a plus que l’ombre d’une feuille de tabac à rouler. Même chez les usurpateurs de la laïcité comme #Riposte laïque, désormais relais du Front national chez les catholiques intégristes « alliés » contre l’islamisation, des doutes se sont fait jour. Comment soutenir le sentiment islamophobe si les combattants anti-prétendue « théorie » du genre relayent les mêmes poncifs machistes qu’une Houria Bouteldja, Franco-Algérienne dont le livre Les Blancs, les Juifs et nous, vers une politique de l’amour révolutionnaire, vient de se voir opposer, sur un blogue-notes de Médiapart (Mélusine) un cinglant « Boutelja, ses ‘’sœurs’’ et nous » (en accès libre) ?

L’impact du livret Le Genre en images

Que reste-t-il aux manifestants et égéries de la Manif pour tous ? Des soutiens à droite, certes, mais mous, sauf débords d’ultra-droite. Diffuser massivement le livret Le Genre en images auprès des enseignants, à quelques jours de la manifestation, n’a pas eu l’effet escompté. Au contraire, tous ses poncifs évoquent le salafisme, l’homophobie fantasmée, le Tea Party de Sarah Palin, le machisme d’un Donald Trump. Si les organisateurs de la Manif pour tous restent propres sur eux, ils sont coincés : ils ne peuvent s’affirmer islamophobes, alors qu’au contraire ils faisaient de la retape en 2013 auprès des musulmans, et apparaissent désormais soit outranciers, soit trop timorés. « Elle en fait à la fois trop ou pas assez. Trop parce que les gens sont passés à autre chose, pas assez parce qu’elle ne fait absolument rien contre l’islamisation ». Ce résumé de Sophie Durand sur Riposte laïque est l’un des nœuds expliquant la démobilisation. La « guerre mondiale pro-mariage » hétérosexuel du pape François n’a rien arrangé. Qui rejoignait surtout la Manif pour tous par antisocialisme n’est plus motivé : le PS est plus bas. Qui craignait un fantastique bouleversement des mœurs voit bien des hommes et des femmes se tenir par la main ailleurs que dans le quartier parisien du Marais sans constater une déferlante. Nicolas Sarkozy se fait trublion, tel un BHL agitant ses petites mains, mais Alain Juppé rassure. Titre de Résistance républicaine ? « La Manif pour tous tracte à la mosquée de Khattabi, qui dit que les hommes sont supérieurs aux femmes ».

Trois ans déjà, coucou nous revoilà

Alors bien sûr, trois ans après la loi Taubira, à la tribune de la Manif pour tous, Clément Borioli, du mouvement Homovox et de Sens commun (émanation de LR), demande sa réécriture « pour stopper ses dérives ». Mais il ne reste que Jean-Frédéric Poisson, du Parti chrétien-démocrate de Christine Boutin, pour en réclamer l’abrogation. Le mouvement a rassemblé des participants divisés à l’époque, qui le restent, partagés entre traditionnalistes tolérant à peine la présence d’homosexuels, islamophobes déçus, votants aux primaires de la droite pour des adversaires ou misant plus sur Marion Maréchal-Le Pen que sur Marine Le Pen. Cette disparité se révélera pas beaucoup plus durable que le mouvement Nuit Debout. En 1970, on scandait « trois ans, déjà, coucou nous revoilà ». Depuis ? #Homosexualité