#Donald Trump a déclaré qu’il demanderait à l’armée d'éradiquer l’#Etat Islamique dans les 30 jours qui suivent son entrée à la Maison-Blanche début 2017. Selon #Trump, Obama aurait « créé » l’Etat islamique (EI). Si cet argument est fallacieux, nous pouvons nous pencher sur les origines historiques qui ont fait le terreau de Daech.

« Notre politique doit faire face à la réalité d’Etats récalcitrants et voyous qui non seulement ont fait le choix de rester en dehors de la famille des nations mais qui s’attaquent également à des valeurs fondamentales » (Anthony Lake, Foreign Affairs,1994).

Depuis l’effondrement de l’URSS et la fin de la Guerre froide, un des principaux objectifs de la politique étrangère américaine a été d’endiguer les « États-voyous ». Selon Alexander George, ce sont des États qui cherchent à dominer et à remodeler le système international selon leurs propres desiderata. Il faut donc les exclure du « nouvel ordre mondial » post-Guerre froide défini par George Bush au Congrès des États-Unis, le 11 septembre 1990 : il s’agit de défendre les intérêts communs vitaux du « monde libre », la primauté du droit, se dresser contre l’agression et ce, sans se laisser intimider. En alliant une doctrine réaliste à un discours idéaliste, Bush père a établi une politique étrangère fondée sur un « néo-wilsonisme pragmatique » qui lui survivra au sein des administrations suivantes, aussi bien républicaines que démocrates. Dans Propagande, médias et démocratie, Noam Chomsky montre comment la « guerre contre la terreur » est venue supplanter la guerre contre l'épouvantail socialiste. Il y explique comment les États-Unis ont déclaré une guerre contre le terrorisme, non le 11 septembre 2001, mais il y a plus d’un quart de siècle sous George Bush père avec la création d'un nouvel ennemi : le terrorisme international incarné par la figure de Saddam Hussein assimilé à un nouveau Hitler.

L’Etat islamique, le Phénix né des cendres des Etats-voyous

Les Etats désignés comme étant « voyous » par les différentes administrations américaines formeraient une classe distincte d’Etats au sein du système international post-Guerre froide. Depuis 1997, ils constituent l' « un des principaux défis » comme le déclarait déjà la Secrétaire d'Etat des #Etats-Unis, Madeleine K. Albright. Le concept d’ « Etat-voyou », hautement subjectif et analytiquement faible, a été utilisé par les experts américains à l’encontre d’un petit groupe d’États menaçant les intérêts des États-Unis. Cette première terminologie stigmatisante (“rogue”, “outlaw state”) est progressivement délaissée au profit de l’expression d’ « Axe du mal » introduite dans la sphère militaro-intellectuelle au lendemain du discours sur l’état de l’Union de George W. Bush, du 29 janvier 2002. Il y désigne trois États comment faisant partie d’un « Axe » qui rappelle celui de Rome-Berlin-Tokyo de la Seconde Guerre mondiale : la Corée du Nord, l’Iran et l’Irak. Si aucun de ces pays ne pouvait être soupçonné d’avoir participé aux attentats du 11 septembre 2001, ils ont été étiquetés « États-voyous » par les décideurs politiques américains.

Quid de l’ « Etat islamique » ? Il semblerait que ce soit le résultat de guerres occidentales -menées contre les Etats-voyous au Moyen-Orient - qu’on pourrait qualifier de volontaristes et impérialistes depuis la première Guerre du Golfe jusqu’à l’opération « Aube de l’Odyssée » en Libye en 2011 en passant par « Liberté en Irak » de 2003. Avec Trump au pouvoir et une supposée coalition avec la Russie de Poutine, on peut s’attendre à un renouveau des guerres messianiques laissées de côté sous la présidence Obama, ce dernier ayant essayé de se sortir des bourbiers du Moyen-Orient en se tournant vers la région pivot de l’Asie-Pacifique et la montée en puissance de la Chine.