Si l'on écoute certains observateurs, Hillary Clinton aurait profité de #Médias biaisés et les élections seraient truquées comme Donald se plaît à le répéter à souhait. Et si on prenait un peu de recul sur la question en jetant un oeil au fonctionnement et à la réelle influence des médias sur notre opinion ?

Médias : "La fabrique du consentement"

Dans Manufacturing Consent, Edward S. Herman et Noam Chomsky examinent comment et pourquoi les médias sont amenés « à jouer leur rôle d'organe de propagande, les processus dans lesquels ils biaisent leurs informations ». Selon ces théoriciens du modèle, les médias sont soumis à des contraintes structurelles, la majorité d'entre eux (quotidiens, magazines, radios, chaînes de télévision) étant détenue aujourd'hui seulement par 5 entreprises (Time Warner ; The Walt Disney Company ; Murdoch's News Corporation ; Viacom ; et Bertelsmann). On peut ajouter à cela cinq « filtres » (la propriété et la taille du média ; la dépendance des médias vis-à-vis de la publicité ; la nature des sources d'information ; le pouvoir de l'économie de marché ; et l'anticommunisme) qui influencent le comportement des médias américains et pourraient les transformer en système de propagande. Dans les années 1990, Pierre Bourdieu développe une analyse sur les mécanismes de la censure invisible et les artefacts de la télévision présentée comme un « instrument de maintien de l’ordre symbolique ». Bourdieu y explique comment le petit écran domine le monde du journalisme et comment il a introduit la priorité de l'audimat, soit la soumission à la logique commerciale du marché.

On est loin du mythe du « quatrième pouvoir », les médias étant réduits à n'être que des organes du pouvoir politique et économique et non un contre-pouvoir. Selon Herman, il est illusoire de croire que tout journaliste, quel qu'il soit, ne soit pas soumis à des facteurs institutionnels, à la peur des représailles au sein de son institution ou encore aux pressions du marché et du gouvernement. Cependant, comme l'explique Herman dans une rétrospective de sa théorie, le « modèle de propagande se distingue des autres media studies du fait qu'il explique  comment les médias fonctionnent et non leur efficacité ».

Une influence limitée dans la fabrication de l'opinion

L'"effet CNN", l'influence de la télévision « en temps réel » sur les téléspectateurs est-il si probant ? Les électeurs américains ont-ils été lobotomisés ? Le public n'est pas forcément passif par rapport au message médiatique, il peut même y « résister » en fonction de l'information dont il dispose. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, une célèbre étude est menée par le politologue Paul Lazarsfled au sujet de l'influence des médias sur les électeurs américains. Elle montre que si les premiers n'influencent pas directement l’électorat, ils contribuent néanmoins à souligner le rôle clé des leaders d'opinion.

Dans son ouvrage The People's Choice, on trouve la première ébauche de la « théorie de la communication à double étage » énonce que le message véhiculé par le média est d'abord assimilé par un leader d'opinion. qui fera ensuite partager son opinion à son entourage : elle remet en cause le « pouvoir » traditionnellement attribué au média. Formé par Lazarsfeld, le chercheur Joseph Klapper critique l'influence d'un unique stimulus que provoqueraient les médias sur leur audience. Il a cherché à voir comment ces médias sont à l'origine d' « influences agissant parmi d'autres influences ». Selon ce dernier, les médias ne font que renforcer des opinions déjà existantes.

Et j'imagine que c'est le cas pour vous : vôtre opinion sur la question est déjà faite ! Toutefois, si vous ne connaissez pas encore le rapport entre les hormones de Trump, l'alopécie et sa vision de la démocratie, je vous invite à le découvrir ici. #Élections #Etats-Unis