Il est sans doute faux de penser que l’électorat se décide uniquement en fonction de son porte-monnaie, des perspectives d’emploi et de chômage. D’une part parce que nombre d’électeurs n’ont aucun souci pécuniaire ou de garantie d’emploi, d’autre part en raison de convictions fondamentalement identitaires, qu’on le veuille ou non. Mais faire croire que l’avortement, la contraception, l’adoption par des couples d’homosexuels ou de lesbiennes, et la procréation assistée opposent réellement #Marine Le Pen et sa nièce, #Marion Maréchal-Le Pen, tient de la fumisterie. Certes, pour draguer Sens commun et la Manif pour tous, et ne pas les laisser voter massivement pour François Fillon, il faut bien donner des gages sur des questions sociétales.

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Marion Maréchal-Le Pen le fait fort bien, tente de fédérer autour d’elle la vieille garde de Bruno Gollnisch et d’autres anciens dissidents tel Carl Lang, en s’en prenant notamment à Florient Philippot. Mais le réel clivage tient à la politique économique…

Guerre larvée au FN

Il fut longtemps supposé que le conflit entre tante et nièce n’était qu’un leurre, une manière de racler plus large. Mais cette fois, Marion Maréchal-Le Pen se sent des ailes car elle peut espérer recevoir des fonds des milieux d’extrême-droite étasuniens qui ont poussé à l’élection de Donald Trump. Le vice-président réel ne sera pas Mike Pence, dont le rôle consistera à calmer les élus républicains, mais Stephen Bannon, qui n’a pas caché son intention d’étendre son empire médiatique, en ouvrant des antennes de Breitbart News en Europe.

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D’une part pour soutenir des orientations ultra-libérales profitant aux seules grandes entreprises qui le financent, mais aussi déstabiliser la construction européenne qui gêne tant les États-Unis qu’il représente, tout autant qu’une Russie expansionniste prête à coopérer avec Exxon Mobil. Ce que l’on dénomme la alt-right étasunienne a choisi ses relais. Soit l’alliance entre la droite alternative (alt-right) et l’extrême-droite « hors les murs » avec laquelle Marion Maréchal-Le Pen est estimée compatible. Elle est surtout estimée plus prometteuse et plus ouverte que sa tante dont le bras droit, Florian Philippot, est considéré trop étatiste. Bien évidemment, l’avortement, ‘’droit fondamental’’ selon François Fillon et Alain Juppé, n’est pas une ‘’histoire de bonnes femmes’’ : on peut certes lui préférer la contraception mais les deux sont indissociables. Notamment pour ces droites qui voient dans les religions chrétiennes un marqueur identitaire et ne sont natalistes que pour elles-mêmes.

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Diverses voix au Front national tentent de minimiser la portée de la discorde mais quand un Gilbert Collard évoque la nécessité d’une primaire du FN en 2022, c’est bien le signe qu’elle se prépare dès à présent. Ce qui n’implique pas forcément que la brouille sera durable, que les élus du FN formeront deux groupes distincts à l’Assemblée nationale…

Paternalisme patronal

Même au cours des bas et haut Moyens-âges, et auparavant dans la société romaine, le paternalisme sociétal s’accommodait fort bien de la concurrence de redoutables femmes d’affaires, de nobles propriétaires terriennes, de dirigeantes. En tant que patronnes, elles y trouvaient aussi leur compte. Même si, à diverses reprises, la guerre culturelle en déstabilisait certaines (ainsi, à la Renaissance, Marguerite de France, la ‘’reine Margot’’, fut la cible d’une cabale fondée sur sa prétendue féminité dévoyée ; de même, au siècle des Lumières...). Les christianismes traditionnalistes ont su s’allier des femmes talentueuses comme M. M-LP ou Madeleine de Jessey (Sens commun) qui font la promotion du paternalisme sociétal et patronal. Toute l’habileté consiste à ne pas trop ouvertement l’afficher, de gagner les esprits avant de faire accepter que tout est lié. Pour Marion M-LP, s’ajoute un autre enjeu : faire parler d’elle, renchérir pour éviter qu’une partie de son électorat lui préfère une ou un candidat aux législatives investi par François Fillon. #Front National