Les sorties médiatico-politiques récentes de Fillon sont inquiétantes. Il souhaite accéder à la magistrature suprême, mais il ne montre pas toujours l’exemple de l’homme politique qui, devenu Président, garantirait l’indépendance du pouvoir judiciaire.

Article 64 : Le Président de la République est garant de l'indépendance de l'autorité judiciaire. Il est assisté par le Conseil supérieur de la magistrature. Une loi organique porte statut des magistrats. Les magistrats du siège sont inamovibles.

François Fillon, pour des raisons personnelles et de posture politique, oublie volontairement cet article de la Constitution de 1958 en demandant à ses partisans de se rassembler dimanche au Trocadéro pour conspuer le pouvoir judiciaire et montrer que le peuple de France est avec lui.

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Fillon, bonapartiste, ne fait que reprendre l’antienne de la Droite française, ligueuse et boudeuse, qui aime faire jouer le peuple contre la #Justice, donc contre la Loi et le Droit. Fillon a commis deux erreurs : l’une politique et l’autre démocratique.

L'erreur politique

Au plan politique, Fillon demande une trêve pendant la campagne électorale. Il est exigeant avec la défense de ses intérêts et pourquoi ne pas étendre cette trêve à tout justiciable français ? Fillon parle d’assassinat politique après avoir évoqué le concept de coup d’Etat constitutionnel, c’est grave pour un responsable politique qui veut devenir Président de la République. Monsieur Fillon accuse le désordre dans les banlieues et demande au Juge d’être très strict vis-à-vis des casseurs. Il s’étonne que les magistrats le soient à son égard.

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Deux poids, deux mesures. Fillon déçoit parce qu’une partie du peuple de Droite estime qu’il n’a pas tenu sa parole. Il a menti, il doit donc partir. Il utilise le pouvoir judiciaire pour justifier sa campagne politique qui ne décolle pas. Certains de ses amis politiques, juppéistes (Apparu, Béchu, Boyer, Keller), ont quitté le navire Fillon, ce qu’il explique par l’absence de résistance de leur part alors que lui reste toujours sur le pont et en phase avec le peuple, socle de base de sa campagne, comme il l’a dit ce soir 2 mars 2017 à Nîmes. Fillon estime que les Juges vont trop loin en essayant de confisquer la victoire de la démocratie et du peuple de Droite qui souhaite le changement.

L'erreur démocratique

La manifestation de dimanche contre le pouvoir judiciaire, même si Fillon s’en défend, n’est pas une bonne chose car elle envoie un signal fort et négatif à la population : il est possible, si la décision du Juge ne vous plait pas, de la contester par tous les moyens. Fillon reprend un discours violent proche de Sarkozy et de Marine Le Pen.

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Peut-on faire confiance à Fillon s'il est élu Président, alors qu'il dit tout et son contraire ? La situation politique du moment met Macron en face de Marine Le Pen au second tour. Fillon est assiégé dans son propre camp par ses propres collègues LR dont le député Fenech qui lui demande de laisser sa place car sa candidature est articulée par l’agenda judiciaire.

Fillon et l'indépendance de la justice

Fillon élu Président de la République saura-t-il préserver l’indépendance du pouvoir judiciaire comme l’y invite l’article 64 de la Constitution ? On peut aussi penser qu’il va s’affranchir de cette indépendance et, au nom d’un bonapartisme de Droite, qu’il va revenir à des temps anciens où les magistrats étaient aux ordres du pouvoir politique. Fillon a un programme économique sérieux selon certains commentateurs de la vie politique française, il est pris dans la nasse et incapable de dérouler les points forts de son programme au-delà des deux questions délicates qu’est la disparition de 500 000 fonctionnaires et une sécurité sociale qui différencierait les petits et les grands maux. Sur ces deux questions, Fillon a battu en retraite, comme doit le faire aujourd’hui le pouvoir politique vis-à-vis du pouvoir judiciaire. Rien ne sera plus comme avant. #Élections #François Fillon