Qui se souvient encore de l'affaire de l'Observatoire ? François Mitterrand, alors sénateur et ancien ministre de l'Intérieur, fut accusé par un député gaulliste, se disant son complice, d'avoir organisé un vrai-faux attentat le visant. Ce député, Robert Pesquet, se rétractera par la suite… #François Fillon, après s'être comparé à Pierre Bérégovoy, est passé de "l'assassinat politique" à l'assassinat tout court, déclarant "la seule façon de sauver la gauche, c'est de tuer Fillon". Ce qui rappelle fort l'attentat contre Alain Peyrefitte, ancien ministre et maire de Provins, qui fut revendiqué par x au nom d'Action directe (et on ne l'évoquera même pas par la suite au procès des membres d'Action directe).

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Attendez-vous donc à savoir que François Fillon serait capable de refaire le coup de l'Observatoire… Mais en attendant, il se déclare mis sur écoute. Cela ne mange pas de pain. Or ce qui semble anormal, c'est que les magistrats n'aient pas ordonné qu'il le soit, ainsi que son épouse, voire aussi ses enfants.

Loi de juillet 2013

La majorité parlementaire a fait passer une loi, le 25 juillet 2013, "interdisant toute instruction individuelle ou intervention dans les enquêtes et les instructions" et les écoutes "sont des actes d'enquête dont la mise en œuvre relève de la seule décision des magistrats indépendants chargés de l'enquête". Si la Chancellerie peut être informée, c'est après clôture de l'enquête, si et seulement si la direction des affaires criminelles et des grâces l'estime opportun, sans pour autant transmettre de pièce de procédure.

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C'est ce qu'a remémoré le garde des Sceaux aux candidats Fillon et Le Pen faisant état d'éventuelles écoutes. Les deux font l'objet d'enquêtes pour diverses malversations dont le détail n'est pas connu mais la nature de notoriété publique. Mais au moins Marine Le Pen n'est pas soupçonnée de faux et usages de faux (enfin, que l'on sache). Ce qui est pas le cas de sieur et de dame Fillon. S'il y a bien un délit qui justifierait la mise sur écoute, c'est bien celui-là. Mais en aucun cas les magistrats chargés de l'instruction à charge et décharge sur le couple Fillon n'ont à rendre compte à quiconque des mesures qu'ils entendent mettre en œuvre. Ce que François Fillon ne peut ignorer. En un mot comme en cent, à ses divers chefs d'inculpation, il vient d'en ajouter un autre, en récidive : l'outrage à magistrat(s). Par chance pour lui, la jurisprudence a fait évoluer la portée de cette infraction. Il ne risque guère de poursuites de la part des juges Tournaire, considéré unanimement comme l'un plus jaloux du secret de l'instruction, Buresi et Tachaud.

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Cela étant, l'écoute du candidat risquerait d'être parfois perturbée par les concerts de casseroles qui accompagnent ses déplacements. Ce jour, il a annulé, pour les éviter, une rencontre à Saint-Nazaire… Nombre de délinquants ont été placés sur écoute pour des motifs bien moindres que ceux ayant motivé la mise en examen du couple Fillon. Et que l'on sache, le Premier ministre François Fillon ne s'en offusquait guère. S'en souviennent notamment près d'une trentaine de parlementaires centristes qui ont lâché Fillon pour rejoindre officiellement Macron, peut-être aussi parce qu'ils redoutent le ridicule. Comme le résume en titre The National (Abu Dhabi), "Nepotism, corruption and farce taint French elections". La farce, c'est peut-être qu'après avoir tant critiqué les magistrats, des ténors de LR, pour accréditer la thèse d'un "cabinet noir" à l'Élysée, demandent au… parquet financier et au procureur de Paris d'ouvrir une enquête. Faut-il rappeler les propos de François Fillon visant le parquet financier ou serait-ce inutile ? Une chose est sûre : Fillon s'écoute beaucoup parler… du Penelopegate, à sa distinguée manière. Qu'importe les faits puisqu'il se dit injustement calomnié, et drapé de candide probité. La Nouvelle République résume en titre : "Le complotisme, dernier axe de la campagne à droite". Demain, Penelope Fillon sera entendue. Complot ! #cabinet noir