Est-ce bien raisonnable, ou plutôt opportun, pour le ministre de l'Intérieur, Matthias Fekl, de faire poursuivre pour #Diffamation le numéro 2 du #Front National, #Florian Philippot. Certes, ce dernier, jeudi sur BFM, avait comparé les enquêteurs de l'Office central contre la corruption et les infractions financières à une "police politique". Ce au motif que lors d'une perquisition au siège du Front national, sans doute attendue depuis quelques jours, à la suite des perquisitions des mêmes chez François Fillon, aurait donné lieu à la saisie de documents purement électoraux, sans rapport avec l'enquête portant principalement sur les emplois fictifs de cadres du FN au Parlement européen.

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Bref, on aurait envoyé "la police de l'État chercher des dossiers liés à la présidentielle". Des dossiers savamment placés entre d'autres ou pris par erreur, le tri s'effectuant par la suite dans les locaux de l'Oclciff ? Des dossiers aussi relatifs à d'autres affaires, soit le financement des précédentes campagnes électorales (enquête ouverte en 2013 pour certaines, par Tracfin en octobre 2016), ou la sous-estimation, par "évaluation mensongère" du patrimoine de la candidate ? Sur cette dernière affaire, Marine Le Pen est aussi soupçonnée de détournements de fonds publics. Florian Philippot avait aussi évoqué, au conditionnel, "un système de corruption" de ces fonctionnaires de police. Ce aurait poussé les syndicalistes du SCSI-CFDT à saisir la hiérarchie, et donc le ministre socialiste, aux fins "de déposer plainte en diffamation".

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Ce qui est donc fait, non de manière précipitée, mais dans les délais permettant d'éviter la prescription se rapportant aux affaires de presse.

À double tranchant

On se demande pourquoi l'Intérieur réagit alors que la Chancellerie n'a pas évoqué contre François Fillon l'injure, la diffamation, voire l'outrage à magistrats. Ne lui avaient été opposés que des communiqués émanant de hauts magistrats, du Syndicat de la magistrature et de l'Union syndicale de la magistrature. Il est vrai que poursuivre le seul François Fillon alors que nombre de parlementaires LR avaient abondé en son sens, critiquant ouvertement tant la police que les procureurs ou les juges, aurait fait mauvais effet. Il en sera forcément de même pour l'initiative du ministre de l'Intérieur. Le poursuivi a immédiatement commenté "le ministre de l'Intérieur ferait mieux de s'occuper de la sécurité des Français et du terrorisme plutôt que de faire mumuse.". Gilbert Collard, très au fait de la législation, s'est montré plus insidieux : "pas de plainte contre les affiches de la CGT sur la vraie police".

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La vraie police… Pas celle qui, à la suite de la publication des Panama Papers, va s'en prendre à 415 ("vrais Français de la Vraie France" ?) évadés fiscaux ou aux faits reprochés au Front national ou François Fillon. Pour "En Marche-LR", selon la nouvelle formule remplaçant au FN le fameux UMPS, il y aurait donc une "vraie police" et une "police En Marche-LR" ? Accédant ou non aux souhaits des syndicalistes policiers, Matthias Felk a peut-être aussi saisi l'occasion de faire récapituler par les médias tous les chefs de mise en examen visant Marine Le Pen, divers prestataires du FN, et d'autres têtes d'affiches du Front national. Ou d'inciter Marine Le Pen, à quelques heures d'un débat télévisuel, à se poser en victime du "pouvoir", d'une improbable coalition… Qu'on se rassure, j'en prends le pari, Ruth Elkrief et Laurence Ferrari s'abstiendront de demander à François Fillon et Marine Le Pen de revenir sur le présumé "cabinet noir" ou la différence entre "vrais" et "faux" policiers et magistrats, ou l'évolution d'un système judiciaro-policier autrefois dénoncé sarkozyste vers une police et magistrature parallèles supputée hollandiste, voire ultra-gauchiste et liées aux protagonistes de l'affaire de Tarnac. Le seul effet prévisible de cette plainte : peut-être redorer (si peu) le blason de Philippot auprès des partisans de Jean-Marie Le Pen ou Marion Maréchal et d'une fraction de la fachosphère molle. Mais cela ne devrait que très peu influer sur les intentions de vote, stagnantes, pour Marine Le Pen.