L'entretien de #François Fillon avec La Voix du Nord vaut son pesant d'or. Alors qu'il avait refusé de se prononcer sur ses affaires judiciaires lors d'un entretien avec La Dépêche du Midi (quatre questions laissées sans réponse), le candidat n'a pas esquivé l'obstacle à Lille. Lors du débat à 11, Philippe Poutou s'était exclamé : "François Fillon, voilà, il est en face de moi (…) Plus on fouille, plus on sent la corruption". Réplique : "Je vais vous foutre un procès". Eh bien non. "Non, s'il ne recommence pas. C'était un cri d'agacement", s'est ravisé François Fillon. Il est vrai qu'en ce qui se rapporte au Canard enchaîné, menacé de diffamation (le dépôt de plainte a été annoncé), le délai de prescription est à présent dépassé pour les premiers articles.

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Pour Mediapart, et l'histoire des trois costumes retournés, dont deux ne proviendraient pas du fournisseur Arnys (pas de griffe Arnys sauf sur le plus ancien), François Fillon peut difficilement entamer des poursuites, mais il a su rétorquer une explication. "On fait croire que je n'aurais pas rendu les bons costumes parce qu'on a trouvé une étiquette 'Holland' ["made in Holland" selon Mediapart et l'avocat de Robert Bourgi, Me Éric Moutet] dans la poche. Mais ce n'est pas la provenance du costume, c'est l'étiquette du fabricant de tissu, 'Holland & Sherry'". Holland & Sherry, de Saville Row, Londres, fournit effectivement Arnys, mais la maison parisienne appose sa griffe, non retrouvée sur deux des trois costumes. Il faut donc croire que Penelope Fillon avait trouvé ces griffes trop voyantes.

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Le #Penelopegate, c'est aussi la mise en cause des magistrats et des policiers. Revirement de François Fillon…

Toute confiance en la justice

Interrogé sur le présumé "cabinet noir" de l'Élysée, François Fillon avait annoncé détenir "les preuves de son intervention", comme l'a rappelé La Voix du Nord. Mais si François Fillon confirme une "manipulation du système judiciaire", il a renoncé à dévoiler tous les noms, toutes les dates. Pourquoi ? "Parce que je ne suis pas comme les autres [lesquels ?], je ne me fais pas justice moi-même. C'est la justice [manipulée ?] qui mène l'enquête". François Fillon conserve donc toute confiance en des magistrats qui sauront lever le voile sur les pressions qu'ils auraient subi. Et par ailleurs, il a toute confiance en ses soutiens qui, lors de ses meetings, s'en prennent aux journalistes. "Si la presse se fait siffler, ce n'est pas à ma demande, au contraire", a-t-il déclaré ce mardi à Europe 1. "Il faut juste aussi parfois vous [les journalistes] avez zéro responsabilité dans cette situation".

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De fait : soit on ne rapporte pas les affaires de Marine Le Pen, de François Fillon avec le Penelopegate, ou le fait que l'association Anticor s'est interrogée sur le patrimoine d'Emmanuel Macron, et on couvre les meetings, soit on le fait et on s'expose à de la "nervosité" (qui va jusqu'à l'agression, au crachat, &c.). Ou alors, on boycotte les meetings. Des meetings de plus en plus creux, où l'on n'entend plus que des généralités pour la plupart. Mais La Voix du Nord a aussi interrogé le candidat sur les accords du Touquet (qu'il approfondira), les 35 heures (qu'il engage les parties à négocier pour aboutir à une durée qui "tournera autour des 38-40 heures"), les délocalisations (qu'il rendra superflues par des baisses de charge ou contrecarrera par la négociation), les travailleurs détachés (il renégociera), le poids de la dette ("30 000 euros par habitant"). Bref, pas de réponses très claires mais des déclarations d'intention. Sinon, pas d'attaques personnelles contre Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon ("un homme qui a du talent"), mais une pique à l'égard d'Emmanuel Macron ("36 ans [en fait, 41, car assistant parlementaire dès 1976] au service du pays me donnent plus d'autorité morale que trois ans passés à la banque Rothschild"). Les choses sont toutefois égales ou presque par ailleurs entre Brigitte Macron (enseignante après avoir été employée par une CCI en 1980) et Penelope Fillon, au service de l'État ou des parlementaires depuis 1980 et très bientôt retraitée de l'Ircantec (ses collègues entrées plus tard dans la carrière attendront leurs 65 ans). Et puis, comme l'a déclaré François Fillon à La Croix, "un président de la République n'est pas saint François d'Assise". Mais si, il était fils de drapier et sa tunique était taillée dans les meilleurs tissus. Admettons que François Fillon soit plus proche de saint François Borgia, ex-vice-roi de Catalogne puis supérieur général des jésuites. Question affaires, il est expert en casuistique. Cela lui servira pour commenter le ralliement du MNR de #Bruno Mégret (ex-Front national) qui "invite les Français à assurer la présence de François Fillon [afin d']écarter du second tour Macron et Mélenchon". Quoi, le MNR appelle à voter "Farid Fillon" au premier tour (et Marine Le Pen au second) ? Mais un meeting commun avec Bruno Mégret, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé n'est pas à l'ordre du jour (même sous l'égide de saint Glin-Glin). En tout cas, cela risque peu de faire monter François Fillon en seconde position (il reste donné troisième ou quatrième selon les deux tout derniers sondages).