"C'est la vérité qui est à charge, et l'histoire", dit Annick Durafour, historienne, de Céline, écrivain et affairiste ô combien vénal, collaborateur notoire, indicateur des nazis, éreintant ses concurrents médecins pour obtenir des postes mieux rémunérés, dénonçant les écrivains juifs, obtenant du papier pour faire rééditer ses livres sous l'Occupation et accumuler les droits d'auteur. Comparaison n'est pas raison. N'invoquons pas l'effet Godwin, ne dressons pas le moindre parallèle entre Madame Penelope Fillon et Madame veuve Lucette (Céline) Destouches, qui soutint son mari jusqu'au bout de ses jours. En revanche, la citation s'applique à #François Fillon, non seulement en raison du #Penelopegate, mais surtout, et c'est plus essentiel encore, car une comparaison s'impose, sur les bilans.

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On sait quelle est la postérité de l'écrivain Céline, on doit s'interroger sur ce qu'a pu apporter François Fillon à la vie politique française, sur son apport à la Nation et à l'État en tant qu'assistant parlementaire, puis parlementaire, ministre et Premier ministre. C'est assez simple : hormis un rôle extrêmement dispendieux de figurant, voire de silhouette, à Matignon, son apport se résume à des rapports parlementaires de bonne tenue sur la politique de Défense. On peut douter qu'ils soient le fruit des recherches de ses divers(e)s assistant(e)s parlementaires. Mentionnons aussi la très coûteuse gare de Sablé, qu'il obtint à force de pressions sur la SNCF. Quant à sa contribution à la littérature, la comparaison avec un Edgar Faure s'impose aussi. Mais n'en faisons pas non plus un délateur : en politique, tout ambitieux l'est, et la conquête du pouvoir se fait le plus souvent au couteau dans le dos.

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Homme d'État, peut-être

La fonction peut changer l'homme. En mieux comme en pire. En mieux, cela se vérifia sans doute pour Georges Pompidou ou Valéry Giscard. Peut-être Jacques Chirac. Dont les statures initiales n'égalaient pas celles d'un de Gaulle ou d'un Mitterrand. En pire, cela reste à établir. D'autant que les circonstances n'étaient pas comparables. On doute fort qu'elles soient favorables à François Fillon, qui pourrait devenir le président le plus mal élu de la Ve République, du fait de l'abstention, des défections et de la désaffection dans les rangs de sa famille politique. Pour mener campagne, il a dû s'entourer de ralliés dont il n'avait nullement l'intention de s'encombrer initialement. S'il obtenait une majorité parlementaire, ses frondeurs seront à l'affût. S'il devenait Premier ministre de cohabitation, sur un siège éjectable, ce serait pire. La Dépêche du Midi a publié quatre questions auxquelles le candidat a refusé de répondre dont : "Considérez-vous [que] votre victoire effacera dans l'esprit des Français votre image dégradée ? Aurez-vous l'autorité morale pour exercer le pouvoir ?".

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S'il ne s'agissait que des Français… Car si ce ne sont pas les questions de moralité qui régissent les rapports d'un chef d'État avec ses homologues (toutes et tous traitent avec des régimes dictatoriaux ou autoritaires), la fragilité d'un dirigeant joue dans les relations internationales. Vladimir Poutine, très confortablement élu, peut se permettre ce qu'un François Fillon, exposé à d'incessantes critiques en France, ne pourra guère. Le Penelopegate n'est pas qu'une histoire d'emplois remontant à 1980, de cadeaux et de prébendes, de démêlés judiciaires. François Fillon sera peut-être au second tour. Éventuellement élu. Mais comment ? Sans doute par défaut, mention "passable" au premier tour (du fait de défections de l'électorat de Macron vers lui ou Jean-Luc Mélenchon), nullement "plébiscité" (comme Jacques Chirac) au second. Si l'édition du Figaro de ce jeudi, transformée en brochure électorale pour François Fillon, largement distribuée dans les boîtes à lettres, lui fera grignoter des demi-points dans les sondages, elle escamote soigneusement la suite. Et c'est la suite qui importe. "Où est l'autorité morale ?", interroge Jean-Jacques Bourdin. Où est la stature nationale et internationale ? Et comment serait-il élu ? Par quelle fraction de l'électorat ? Pour le moment, il n'a favorisé que l'abstention et le vote pour le Front national. #International