Le site #Slate n'est pas un organe de "réinformation" et Éric Le Boucher n'est pas un confrère bidonneur. D'où ma stupéfaction. Bon, #François Fillon a bien cru (ou fait semblant de croire) qu'on poussait sa femme au suicide et que divers attentats coordonnés avaient suscité des interventions policières au soir de l'attentat des Champs-Élysées. Serait-ce un homme susceptible de pencher vers le dernier de son entourage à lui glisser un peu n'importe quoi dans l'oreille ? La question n'est pas si saugrenue. Cela étant, un homme se déclarant incapable de mettre un peu d'argent de côté (ce que les comptes au Crédit agricole de la Sarthe, publiés par Fillon2017 démentent, et on ne sait quels placements sa famille détient), prêt à reverser un million d'euros (à qui au juste ? Au Secours populaire ?) si, et seulement si, il devenait président de la République, c'est un peu gros.

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"Selon les informations données par une source proche du candidat à Slate.fr, François Fillon a décidé de prendre comme première décision, s'il est élu président de la République, de rembourser la somme reçue — un peu plus d'un million d'euros". Ce avant même le second tour des législatives et le choix d'un Premier ministre ? Avant que l'Assemblée nationale coupe dans le budget élyséen ? Quelle promptitude à faire amnistier le #Penelopegate.

Les promesses n'engagent que…

Certes, les promesses électorales n'engagent que qui les écoute, et si elles ne proviennent pas du candidat lui-même, elles perdent encore en crédibilité. Mais on se demande, alors qu'il est donné troisième ou quatrième selon les sondages, et même seulement 0,6 points devant Jean-Luc Mélenchon par la toute dernière moyenne sondagière, si François Fillon est si sûr d'accéder au second tour.

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Car même si l'info est fausse (ou fruit d'une divagation d'un membre de l'équipe de campagne), elle reste vraie par défaut. Allez donc la démentir officiellement. Selon la source d'Éric Le Boucher, François Fillon s'est préservé d'une telle annonce car elle "aurait été interprétée comme une preuve de culpabilité". Mais non, puisqu'il s'agit juste d'une erreur, et encore. Donc, François Fillon, à l'abri de poursuites judiciaires jusqu'en 2022 (voire au-delà, mais non son épouse, ses enfants, Marc Joulaud, Ladreit de la Charrière), du fait de l'impunité présidentielle, hors trahison, irait au Mont-de-Piété, chez "Ma Tante", ou emprunterait aux banques pour verser plus d'un million d'euros. "Pourquoi rembourserais-je ces sommes ? Ma femme a travaillé et donné des preuves de ce travail", déclarait-il le 6 février. Ce n'est certes pas le premier revirement de François Fillon, notamment sur les dates de première embauche de Penelope Fillon (de 1997 à… 1980 en réalité). Mais de toute façon, l'homme du Penelopegate et de 2F Conseil restera toujours soupçonné d'être vénal, que ce soit en France ou à l'étranger.

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Il est aussi plus qu'inattendu que cet élément sorte après que le candidat ait annoncé avoir renoncé, du fait de l'attentat des Champs-Élysées, à toute manifestation publique (qui impliquait la présence de journalistes), et au tout dernier jour de la campagne officielle (close ce vendredi à minuit). Le papier de Le Boucher fut mis en ligne à 14h15. Russia Today reprend et rapporte que 400 000 personnes ont signé une pétition exigeant ce remboursement. Le Penelopegate a fait éclore le mouvement Stop Corruption et ce n'est pas cette annonce qui l'étiolera avant les législatives. Les réactions et commentaires reflètent surtout l'incrédulité. Éric Le Boucher, 65 ans, ancien du groupe Les Échos (LVMH), de L'Usine nouvelle et du Monde, économiste, chercheur, membre de divers cercles de réflexion économique, diverses fois primé, n'est pas du genre à gober n'importe quoi, surtout sans se le faire répéter. Je doute très fort que sa source soit un énième couteau ou le chauffeur (rétribué par les contribuables) du candidat. Soit il s'agit d'une proposition avancée au candidat et restée sans réponse, soit ayant reçu une réponse favorable. La "fuite" est intentionnelle. Mais pour le moins maladroite. Si François Fillon se voit déjà à l'Élysée, on peut se demander s'il y sera bien entouré, ou plutôt cerné par un entourage sapant son autorité. En tout cas, hormis peut-être dans les maisons de retraite, on ne voit pas où cette annonce lui vaudrait des suffrages. À moins que la panique d'une défaite lamentable (soit une quatrième place) ait poussé à tirer une dernière cartouche mouillée, on discerne mal l'impact : cela semble aussi ahurissant qu'un revirement sur le financement de la Sécurité sociale et l'annonce du remboursement in extremis des soins capillaires chez Madame Cahuzac ou des interventions cosmétiques.