Vous en avez déjà entendu parler, et si ce n'est pas le cas, pas d'inquiétude, vous devriez très bientôt. La société Netflix, service de vidéos à la demande version séries télévisées, auteure de certaines d'entre elles, vient d'adapter le très célèbre #Manga Death Note de Tsugumi Oba et Takeshi Obata en long-métrage. Réalisé par Adam Wingard, également père de Blair Witch, remake du film d'horreur The Blair Witch Project de 1999, il met en scène l'étudiant Light Turner, interprété par Nat Wolff (La Face Cachée de Margo), trouvant un jour tombé du ciel un Death Note, cahier funeste dans lequel les shinigami (dieux de la mort) écrivent d'ordinaire le jour et l'heure de la mort des habitants de la Terre, et donnant ce même pouvoir aux humains s'en emparant.

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Rencontrant et sympathisant avec le shinigami Ryuk (Willem Dafoe), qui lui explique son ennui dans l'au-delà et sa décision de provoquer un changement dans ce monde qu'il observe depuis si longtemps en faisant tomber son Death Note, il décide de s'attribuer le rôle de justicier et de purger le monde des criminels qui le ronge. La vague de morts subites qui s'ensuit attire l'attention de la police et notamment du père de Light, qui en est le chef. Mais elle attirera également (et surtout) l'attention du détective L (Lakeith Stanfield), qui prendra comme un défi le fait d'arrêter ce tueur qui se fait connaître sous le nom de "Kira". Il rencontrera également la manipulatrice Mia (Margaret Quelly), qui possède un Death Note tout comme lui et dont il tombera amoureux.

Un manga culte

Tout d'abord, le manga Death Note ainsi que l'#Anime qui en a découlé sont extrêmement populaires chez les fans, notamment en Occident.

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Si la trame du film présentée ci-dessus reprend quelques aspects du manga, de nombreux points divergent. Premièrement, le caractère de Light (Yagami) dans le manga ne ressemble pas du tout à celui de Light (Turner) dans le film. En effet, dans le manga et l'anime, Light correspond à un canon du lycéen japonais parfait : beau, grand, intelligent ... Le monde dans lequel et les gens avec lesquels il vit l'ennuient et la découverte du Death Note va lui donner l'opportunité de s'en échapper. Cependant, sa soif de pouvoir et son illusion de justice finiront par prendre le dessus et il sombrera dans sa volonté maladive de devenir un dieu. Ici, le personnage de Light est tout autre : formé sur les principaux archétypes de l'étudiant américain, Nat Wolff devient un intellectuel peu sociable, persécuté par les adolescents autour de lui. La découverte du Death Note va donc pour lui représenter un moyen de prendre sa revanche sur la vie. Et là débute la distinction : l'élément principal de l'histoire ne servant pas le même but, le film se présente comme possédant le même scénario que le manga, mais ne peut déjà presque plus être vu en tant qu'adaptation.

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Cela permet à Mia/Margaret Quelly (Misa dans le manga d'origine) de s'emparer de la personnalité éminemment manipulatrice de Light (Yagami). Le film renverse donc l'équilibre introduit dans le manga en échangeant les caractères de deux des protagonistes ! Le film verra ainsi Mia se jouer de Light aussi simplement qu'il s'était joué d'elle et de son admiration sans bornes pour lui dans le manga. Enfin, Lakeith Stanfield incarne un L qui diffère légèrement du personnage dont il est inspiré, possédant une propension à la colère à l'opposé total du calme implacable du L d'Oba/Obata.

La polémique sur les adaptations relancée

Si cela pourrait faire l'objet d'un article entier, l'adaptation de Death Note par #Netflix rouvre le sempiternel débat sur la capacité d'Hollywood à faire des adaptations, tout particulièrement dans deux domaines : les mangas/animes et les jeux vidéos. Considérons pour le moment le cas des mangas/animes. L'une des adaptations les plus connues (autant pour la haine qu'elle a suscitée que pour le manga adapté) fut le film Dragonball Evolution. Remixé par Hollywood, Goku (le protagoniste) passe de jeune dieu apprenant tout de la vie à lycéen adolescent. Est-ce fondamentalement une mauvaise chose ? Non. Parce que les adaptations de ce genre cherchent souvent à attirer une plus large audience que juste les fans de l'oeuvre originale. Et, pour rendre l'identification au personnage possible, il semble compréhensible de lui donner ce statut stéréotypé. La haine envers Dragonball Evolution vient cependant plutôt de la manière dont l'histoire est gérée et du cruel manque d'explications durant la progression du film. Plus récemment, le réalisateur Rupert Sand s'est lancé dans l'adaptation du film d'animation culte Ghost in the Shell. Succès modéré, mais très probablement meilleur que le film précédemment cité dû à un scénario mieux maîtrisé et un univers plus fidèlement retranscrit. Ce qui laisse présager de bonnes choses pour le futur de ces adaptations d'anime.

Ainsi, voilà comment l'on peut voir le Death Note de Netflix : un film au mieux décent, qui décevra les fans du manga mais qui touchera certainement un plus large public en surprenant agréablement ceux qui n'ont jamais entendu parler de l'univers. Surtout, il se présente comme une pierre de plus à l'édifice des brouillons d'adaptation qui pourraient, un jour, déboucher sur une réussite.