« Liberticide », « anti-démocratique », « fasciste » … la nouvelle réglementation que souhaite imposer le gouvernement espagnol suscite des mots durs et fait ressurgir le spectre du dictateur Franco. Votée par le parti au pouvoir, le Partido Popular, ce paquet de changements législatifs a suscité une vive opposition, tant sur le plan politique qu’au niveau populaire. Samedi, des milliers de jeunes se sont mobilisés pour répondre à l’appel du #ALaCalle20D (Dans la rue le 20 décembre).

A Madrid, Bilbao, Grenade, Barcelone, Valence, les citoyens espagnols ont envahi les rues pour dénoncer les atteintes aux libertés fondamentales qu’entrainera l’application de la Ley mordaza (qui signifie ironiquement loi-blague). Parmi les conséquences de cette loi, on trouve notamment des amendes allant jusqu’à 600.000€ pour manifester ou l’interdiction de prendre en photo des policiers.

Dans le contexte d’austérité dans lequel est plongé l’Espagne, ces mesures sont accueillies comme de graves atteintes à la liberté d’expression. Elles limitent radicalement les possibilités de l’opposition d’exprimer leur désaccord face aux choix politiques des dirigeants. Si les partisans voient en cette loi une simple mesure visant à renforcer la sécurité intérieure du pays, ses détracteurs, parmi lesquels on trouve des organisations de défense des Droits de l’Homme, accusent le gouvernement de totalitaire.

Les craintes d’un retour au totalitarisme

Le 20 décembre, les protestataires traçaient un parallèle entre les mesures du Parti Populaire et le régime franquiste, qui a maintenu au pouvoir le dictateur Francisco Franco durant 36 ans.

Une statue de « Francostein » déambulait dans les rues de Barcelone. Des syndicalistes criaient « Non aux coupes dans les services publics : santé, enseignement, transports publics, retraite ». « Pourquoi se taire alors qu’on est né en criant », pouvait-on lire sur le t-shirt d’une manifestante. « Criminaliser les manifestations est un pas de plus vers la dictature » scandaient d’autres.

Actuellement, un quart de la population espagnole est sans-emploi. Un grand nombre d’entre eux vivent dans des conditions précaires et trouvent difficilement un logement. Plutôt que de s’attaquer à ces problèmes, le gouvernement préfère museler la critique.