83. C'est le nombre de mesures – dont celles sur la qualité de l'air et l'importante réduction des déchets d'ici 2030 – qui sont purement et simplement bannies du programme de la nouvelle Commission Européenne, présidée par Jean-Claude Juncker. La raison, sans surprise, est économique : le supposé ''garant de l'intérêt général européen'' craint que ces directives ne soient contre-productives en termes de croissance, d'investissement et d'emploi.

Les ONG, poids léger du policy making de l'UE.


Les Organisations Non Gouvernementales représentant la société civile européenne en restent bouche bée, dans la mesure où la commission Barroso avait validé ces politiques innovantes. En effet, celles-ci constituent la réponse appropriée à une pollution de l'air qui coûte la vie de 400 000 citoyens européens par an, ce qui, d'un point de vue strictement économique, impacte sérieusement les systèmes de santé des pays membres...  sans parler des effets vertueux attendus du renfort d'une économie circulaire capable à elle seule de créer plusieurs dizaines de milliers d'emplois. Bref, on l'aura compris, les arguments des ONG n'ont pas pesé lourd dans la balance : si, à expertises égales, le projet était porteur d'externalités difficiles à évaluer, il était surtout vecteur de vraies avancées sociales, capables de hisser l'Europe au rang de ceux qui font, pas de ceux qui subissent. Mais cette idée s'est heurtée à l'orthodoxie libérale-conservatrice d'une Commission Européenne qui préfère la frilosité à l'ambition. Ou comment passer à côté de l'essentiel.

Technocratie / Volonté des peuples = Implosion ?

Chacun en a parfaitement conscience : l'#Union Européenne traverse une crise existentielle bien réelle, entre déséquilibres institutionnels insolubles, ralentissement économique durable et surtout, absence d'un projet de société qui incarnerait la volonté des européens. Mais la Commission Européenne n'ose le comprendre. Et cette cécité volontaire est un luxe comprenant une date de péremption, récemment prouvée par la tragédie du triomphe eurosceptique aux élections du Parlement Européen. Désormais, il apparaît clairement que les habitants du Vieux-Continent ne se sentent plus appartenir à cette superstructure qui ne les écoute jamais. Le réflexe national est de retour.

C'est là que l'abandon du paquet ''lutte contre la pollution'' fait mal. Car il aurait donné du sens au projet politique européen. Une consistance, une couleur. Il aurait répondu à l'aspiration des citoyens qui veulent voir, près de chez eux, l'application de mesures visant à lutter contre les nuisances environnementales. Il aurait validé la croyance transpartisane montante qui voit le développement durable comme le moyen de construire l'économie d'aujourd'hui et de demain.

L'Europe avait l'opportunité de faire sienne ces idées, mais elle a renoncé. Pendant ce temps-là, en France, le Front National muscle son projet d'une écologie patriote complètement farfelu, déconnecté scientifiquement, mais volontaire, porteur d'une projection et d'une vision politique. Pas uniquement l'application de poncifs économiques qui ne feront jamais société.

Combien de temps encore le rêve européen résistera-t-il en refusant de s'imaginer ? #Démocratie