« Le Conseil constitutionnel veille à la régularité de l'élection du #Président de la République. Il examine les réclamations et proclame les résultats du scrutin. » Et pourrait le cas échéant annuler une élection présidentielle au titre de l'article 58 de la Constitution française ! C'est ce qu'il aurait du faire en 1995, d'après son président d'alors Roland Dumas.

L'ancien ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand publie demain jeudi un nouveau livre intitulé Politiquement incorrect. Dans le cadre de sa tournée de promotion, il a donc accordé une interview au Figaro dans laquelle il est revenu sur son rôle dans la validation de l'élection présidentielle de 1995. « Je peux le dire aujourd'hui, les comptes de campagne d'Edouard Balladur et ceux de Jacques Chirac étaient manifestement irréguliers », assure-t-il. Et il ajoute que, avec le recul, il est « convaincu d'avoir sauvé la République ». Invoquant l' « esprit républicain », Roland Dumas justifie sa décision par les « conséquences terribles » qu'aurait entrainées une annulation de l'élection présidentielle.

Le financement de la campagne de Balladur pourrait être lié à l'affaire Karachi

Depuis la création du Conseil constitutionnel, jamais une élection présidentielle n'a été annulée. Tous les présidents élus ont été proclamés vainqueurs par le président de la vénérable institution créée par De Gaulle en 1958. Mais il lui est déjà arrivé de ne pas certifier des comptes de campagne si les candidats ne respectent pas les règles. C'est ce qui est arrivé à Nicolas Sarkozy en juillet 2013. Son recours contre la décision de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) a été rejeté par les Sages. Par cette décision, l'UMP n'a pas pu toucher une partie de la subvention prévue au titre du remboursement des frais de campagne.

Derrière les déclarations de Roland Dumas, c'est bien un problème de financement de la campagne présidentielle de 1995 qui est soulevé. La compétition qui, à droite, avait mis aux prises Jacques Chirac et Edouard Balladur est déjà scrutée par la justice dans le cadre de l'affaire Karachi. Suite à un attentat contre des Français au Pakistan au début des années 2000, une enquête avait été ouverte. Elle a débouché sur la mise en examen de plusieurs cadres de l'équipe de campagne de Balladur à l'époque. La justice devra déterminer si l'ancien premier ministre a financé sa participation grâce à des commissions occultes liées à des contrats de sous-marins conclus avec le Pakistan. La sortie de Dumas ne devrait pas effacer les soupçons qui pèsent sur la campagne présidentielle de 1995. #Élections