"Un maximum de Juifs doivent pouvoir disposer d'une arme." C'est ce qu'a proposé, de manière on ne peut plus sérieuse, le rabbin de Bruxelles Menachem Margolin, aussi président de la fédération européenne d'associations juives (EJA) aux ministres de l'Intérieur européens ce vendredi 16 janvier. Ce dernier souhaite en effet voir les gouvernements européens modifier la législation en la matière. Le but étant de permettre à la communauté juive de se munir d'armes à feu pour se protéger d'éventuels actes terroristes et antisémites.

Certes, la communauté juive peut se sentir menacée en Europe. La prise d'otage du 9 janvier dans un "Super Kacher" par Amedy Coulibaly ne fait qu'accentuer cette menace. Surtout quand on connaît le triste bilan de cette prise d'otage et de l'acte terroriste à la rédaction de Charlie Hebdo qui l'a précédée. La peur est donc un sentiment tout à fait légitime.

Les armes provoquent l'insécurité

 

Permettre aux citoyens, peu importe leur religion, leur communauté et leur origine, de se munir d'une arme à feu et donc potentiellement de faire justice eux-mêmes, ne mènerait qu'à des dérives. Et ce outre le fait que dans un Etat de Droit, comme l'ensemble des pays membres de l'Union européenne, il revient aux autorités publiques d'assurer la sécurité de tous ses citoyens et non pas aux citoyens eux-mêmes.

Le président de la EJA connaît évidemment les risques d'une telle mesure, aucun doute là-dessus. Il propose d'ailleurs "d'enregistrer légalement toutes les armes afin de permettre leur supervision par les autorités", soulignant qu'il ne s'agit pas d'armes lourdes de guerre, mais bien d'armes à feu de type revolver. Une arme suffisamment légère et discrète pour que "chacun puisse en avoir une dans sa poche."

Armes de guerre ou non, ces armes à feu sont meurtrières. Leur légalisation pour tout un chacun, juif ou non, ne provoquerait qu'une augmentation des craintes dans les sociétés européennes. Car si chacun avait le droit de porter un révolver, chacun aurait également le sentiment d'être une victime potentielle. Que ce soit en faisant les courses ou en marchant dans la rue, être sans cesse entouré par des hommes et des femmes armés en permanence n'est en rien plus rassurant que la situation actuelle.

Répondre à un sentiment d'insécurité par des mesures insécuritaires n'est donc évidemment pas la solution. Et heureusement, les propos de Menachem Margolin ne semblent pas faire l'unanimité au sein de la communauté juive, en tout cas en Belgique. Le Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB) a rapidement réagi à travers un communiqué en se distanciant "des déclarations aussi irresponsables que ridicules du Rabbin Menachem Margolin, Président de l'EJA, qui est dit ce comité, une organisation qui n'est aucunement représentative de la Communauté juive belge."