En intervenant sur le plateau de Pujadas, Sarkozy vient de montrer ce qu'il a toujours été : celui qui hâte les évènements, en les précédant ou en les contournant à sa manière. Sur France 2, on a bien compris que Sarkozy, en tant que Président de l'UMP, souhaite devenir le chef de l'opposition toute entière en s'opposant frontalement au premier ministre Valls et par l'intermédiaire de celui-ci, à Hollande.

Hollande a montré une grande maitrise dans la gestion des actes terroristes qui ont secoué la France ces derniers jours, comme il l'a fait en envoyant la force Serval au Mali pour faire barrage aux djihadistes. En rompant la toile de l'unité nationale, Sarkozy ne veut pas être dans les pas du PS qui a piégé l'UMP et souhaite ne pas être perçu par Marine Le Pen comme membre de l'opposition créateur d'un duopole politique UMPS qu'elle a toujours dénoncé.

Si l'on revient sur les paroles de l'ex Président de la République (au-delà de quelques incorrections langagières du type « les populations habitant la ruralité » alors qu'il voulait parler des Français habitant les zones rurales, ou des « ruraux » tout simplement), on peut reprendre avec Frédéric Lefèvre, député UMP des Français du continent américain, que le Sarkozy fait son métier d'opposant, mais tout en étant piégé par l'opposition. Arrêtons de chipoter sur les mots « apartheid ethnique ou territorial », le mot est certes fort mais il n'y a pas de Bantoustans en France comme ce fut le cas en Afrique du Sud. Il y a des zones de non droit, des quartiers où les forces de l'ordre ne sont pas toujours les bienvenues et ceci est acté par les hommes et femmes politiques de gauche comme de droite.

Sarkozy est confronté à un réel problème de positionnement dans la société française : comment exister personnellement et surtout politiquement sur les sujets de sécurité et d'économie qui ont toujours constitué la « mantra » de la droite française? Sur les problèmes de sécurité, le contexte actuel et la réactivité du trio Hollande-Valls-Cazeneuve ont pointé les faiblesses incantatoires de Sarkozy en matière propositionnelle. Il demande tout azimut une augmentation des heures supplémentaires dans la police et les services de renseignement sans se poser la question des effectifs, d'alléger les procédures judiciaires dans les enquêtes et d'instaurer la peine d'indignité nationale. Le gouvernement a répondu qu'on augmentait les effectifs et que les problématiques judiciaires de la lutte contre le terrorisme feraient l'objet d'un travail parlementaire conduit par le couple Urvoas-Bas.

Sarkozy doit regarder le contexte actuel avec maîtrise en évitant de se précipiter. La précipitation peut constituer une faiblesse pour lui. Raffarin a dit que celui qui tirerait le premier dans l'espace politique français serait tenu pour responsable de la rupture de la toile de l'unité nationale. En tant que chef de l'opposition Sarkozy doit exister, mais il doit aussi regarder avec stratégie et méthode l'espace politique nouveau en France après les attentats terroristes. Il ne s'agit pas d'avoir une langue de bois, mais d'utiliser le temps comme allié politique, faute de quoi il apparaitra comme toujours pressé, ce que souhaite sans doute Hollande qui veut contrarier le retour de l'ancien Président au premier plan.

Hollande, que l'on disait dans la nasse, remonte dans les sondages, mais jusqu'à quand ? Il reste à Sarkozy de construire une stratégie de discours et une réponse méthodique face aux décisions prises par Hollande. Pour Sarkozy, c'est le moment de construire un programme, un projet politique, une stratégie audible, capable de l'amener à une deuxième présidence. #Nicolas Sarkozy