Une mise en scène très solennelle, un discours fidèle au « parler vrai » dont il entend faire sa marque de fabrique, et des annonces sans surprises, le Premier Ministre dégainait hier à la sortie du Conseil des Ministres, son train de mesures pour répondre aux défis du #Terrorisme. 425 millions d'euros supplémentaires seront consacrés à la lutte contre le terrorisme. 2680 emplois verront le jour ces trois prochaines années, dont 1 400 au ministère de l'Intérieur, 950 au ministère de la Justice, 250 au ministère de la Défense et 80 au ministère des Finances (dont 70 pour les Douanes). Un renforcement important des moyens humains et matériels, qui constituent l'essentiel de la réponse apportée par l'exécutif aux attentats des 7, 8 et 9 janvier derniers qui ont emporté 17 vies dans le sillage de la barbarie.

3000 personnes à surveiller

« Nous prenons des mesures exceptionnelles, à la hauteur des menaces, mais pas des mesures d'exception » a déclaré #Manuel Valls en balayant définitivement d'un revers de phrase l'hypothèse d'un Patriot Act à la française plébicité par une partie de l'opposition. La priorité : répondre à l'augmentation du nombre de personnes à surveiller. Près de 3000 en tout selon le Premier ministre qui a indiqué que 1300 personnes, Français ou étrangers résidant en France, devaient être surveillés pour leur implication dans les filières terroristes en Syrie et en Irak. « C'est une augmentation de 130% en un an » a-t-il précisé. « Ce changement d'échelle est un défi redoutable pour notre pays et pour nos partenaires, notamment européens » a-t-il expliqué.

A cela s'ajouteraient quelque 500 personnes concernées par des filières plus anciennes ou d'autres pays (Afghanistan, Pakistan, Libye, Yémen, Sahel...), ainsi qu'un gros millier d'activistes dans la sphère cyberjihadiste francophone.

Les mesures clés

Dans sa croisade contre la jihadosphère, le gouvernement souhaite d'ailleurs accélérer les procédures avec les opérateurs pour bloquer les sites internet incitant au terrorisme et renforcer les moyens alloués aux cyberpatrouilles et aux équipes d'investigation sur Internet. A noter que la plateforme Pharos permettant le signalement des contenus illicites a reçu 30 000 signalements depuis le 7 janvier, soit dix fois plus qu'auparavant.

Du côté de la surveillance, le plan prévoit la création d'un nouveau fichier des personnes condamnées ou mises en cause pour faits de terrorisme avec obligation pour ces personnes de déclarer à intervalles réguliers leur adresse et leurs déplacements à l'étranger, et la mise en œuvre du dispositif de surveillance des passagers aériens suspectés au niveau européen (c'est le système PNR, passenger name record).

Au chapitre justice en revanche, Manuel Valls botte en touche sur la question de l'indignité nationale pour les terroristes nationaux exhumée la semaine dernière par l'UMP -mais dont le président #François Hollande ne veut pas- et a annoncé qu'une réflexion transpartisanne aurait lieu au sein du Parlement.

Afin de lutter contre la radicalisation au sein des centres pénitenciers, soixante aumôniers musulmans supplémentaires seront recrutés et la stratégie d'isolement des détenus radicaux testée à Fresnes depuis octobre 2014 sera étendue à « cinq quartiers » pénitentiaires. Enfin, quelques 60 millions d'euros seront affectés au fonds interministériel de prévention de la délinquance.

Réactions politiques

« Un seul mot : enfin ! » C'est le cri du cœur poussé par Christohe Rouget du Syndicat des Cadres de Sécurité Intérieur. « Enfin nous allons avoir des mesures législatives qui vont nous permettre de mieux travailler, enfin nous allons avoir des moyens techniques plus sophistoqués et enfin, nous allons avoir des moyens humains satisfaisants dans ces services de renseignements malmenés par les réformes successives. (...) Nous espérons que l'angélisme qui prévalait est terminé et avoir les moyens de lutter contre ce fléau qu'est le terrorisme » a réagi le porte parole de la communication de la SCSI sur les antennes de télévision à la suite des annonces formulées par Manuel Valls.

Patrick Menucci, député PS des Bouches-du-Rhône, s'est lui aussi largement félicité des choix faits par le gouvernement sur son compte Twitter estimant que « les mesures annoncées par Manuel Valls pour notre sécurité sont à la hauteur du risque djihadiste. »

Un avis partagé par François de Rugy, coprésident des députés EELV qui met cependant en garde contre « des surenchères ou des gesticulatons législatives ».

Eric Ciotti, député UMP et président de la commission d'enquête parlementaire sur la surveillance des filières et individus jihadistes a quant à lui regretté que la déchéance de la nationalité ne soit pas prise en compte car elle était, toujours selon lui, « dans la continuité de ce qui a été dit et de cette unité nationale que nous avons tous affichée ».

Nicolas Dupont-Aignan de son côté n'hésite pas à parler de « situation explosive » qui exige un « programme d'urgence (…) la proclamation de l'état d'urgence par décret en Conseil des ministres pour une période provisoire (...). La suspension de Schengen, possibilité prévue par les traités ».

Tandis que pour Marine Le Pen, c'est tout simplement « un hors sujet magistral », puisqu'elle regrette dans son communiqué « qu'il n'ait pas annoncé l'arrête de l'immigration » et la « restauration des frontières nationales».