L'annonce a fait l'effet d'une petite bombe sur la scène politique française. L'UDMF, l'Union des Démocrates Musulmans Français, jeune formation politique qui a vu le jour en novembre 2012, veut faire entendre sa voix lors des prochaines échéances électorales. Son ambition n'est pas "d'imposer la Charia, ou d'islamiser la France" selon le fondateur du parti, Nagib Azergui, mais "de donner la parole à la grande majorité silencieuse des musulmans de France, ceux qui sont intégrés dans la démocratie et la République".

Les cadres de l'UDMF, qui se prononcent notamment en faveur du vote des étrangers aux élections locales et contre l'interdiction du port du voile à l'école, pointent du doigt la stigmatisation de l'Islam, par les politiques, et le monde des médias : il y a depuis plusieurs années "un travail quotidien pour faire de l'islam et de sa culture quelque chose de dangereux et d'incompatible avec la Démocratie. Les politiques se sont emparés de ce problème présumé pour mieux stigmatiser tout un pan de la communauté nationale à des fins purement électoralistes" ajoute ainsi Nagib Azergui. Le fondateur du parti, 33 ans, électricien de formation, souligne d'ailleurs "la situation d'urgence" dans laquelle se trouve la France depuis les attaques terroristes de janvier dernier au siège du journal Charlie Hebdo et à l'Hyper Casher de la Porte de Vincennes, tout en insistant sur l'effusion des amalgames "qui n'ont jamais été aussi présents" et la "multiplication des actes islamophobes". Des évènements qui, ajoutés à la polémique née de l'oeuvre de Michel Houellebecq, Soumission, dans laquelle l'écrivain prévoit l'arrivée d'un parti musulman au pouvoir en 2022, ont incité près de 200 personnes à venir gonfler les rangs de l'UDMF. L'Union des Démocrates Musulmans de France compterait à ce jour 900 adhérents et plus de 8 000 sympathisants.

Parti musulman et laïcité

Les réactions se sont multipliées dès l'annonce de la volonté de l'UDMF de présenter des candidats au poste de conseillers départementaux. Steeve Briois, maire Front National de la commune d'Hénin-Beaumont dans le Pas-de-Calais, considère ainsi l'initiative politique du parti musulman comme "une attaque aux fondements mêmes d'une République laïque". Une position appuyée sur Twitter par la Présidente du parti, Marine Le Pen : "Un parti ouvertement communautariste musulman candidat aux élections : quand la réalité rejoint la fiction ! #Soumission", en référence à l'ouvrage de Michel Houellebecq.

L'UDMF, de son côté, dit s'inspirer du PCD, le Parti Chrétien Démocrate créé par Christine Boutin, tout comme du CDU, l'Union Chrétienne Démocrate de la Chancelière allemande Angela Merkel, qui empruntent à l'idéologie chrétienne. "En France, l'Église et l'État sont séparés. C'est le principe de neutralité qui permet de préserver le vivre ensemble. Il existe en France plusieurs formations politiques se revendiquant de l'héritage chrétien comme celui du Parti Chrétien Démocrate. Cela n'a jamais posé le moindre problème dans notre pays. Nous voyons bien que les choses sont bien différentes lorsque l'on évoque un parti Musulman Démocrate", insiste Emir Megharbi, président de l'UDMF. "L'Islam démocrate en France est une évidence, et une réalité" ajoute Nagib Azergui, coupant court à toute incompatibilité entre son parti et la notion de laïcité, ainsi qu'à toute démarche communautariste. "Au sein de l'UDMF nous séparons, comme le PCD ou le CDU, le religieux émanant de notre croyance pour en exploiter la morale et l'exemplarité qui la composent afin que celle-ci puisse être une force supplémentaire pour notre pays."

Quoiqu'il en soit, la loi n'interdit pas la création d'un parti politique dont les bases seraient la religion, puisque leur seule obligation est de respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie. Le PCD quant à lui refuse la comparaison avec l'UDMF : "L'inspiration de l'UDMF semble tout droit issue d'une application stricte d'un certain nombre de principes du Coran dans l'espace public. Ce n'est pas l'aspiration du Parti chrétien démocrate" martèle Jean-Frédéric Poisson, président du Parti Chrétien Démocrate. Malek Boutih, député socialiste, préfère de son côté y voir l'expression de la démocratie : "Cela n'appelle aucun commentaire car ce n'est pas gênant, tout le monde a le droit de prendre l'initiative qu'il souhaite sur le terrain politique et citoyen."

Un programme bâti à partir de "l'héritage et de l'éthique de l'Islam"

L'UDMF insiste sur ce point. Si le parti compte fédérer la communauté musulmane de France autour de ses projets de société, il estime avoir des propositions pour tous les Français. L'intégration de la finance islamique, qui dans sa définition, se distingue des pratiques financières conventionnelles par une conception différente de la valeur du capital et du travail ; l'enseignement de la citoyenneté, des règle de vie et des droits fondamentaux dès le plus jeune âge ; la lutte pour l'égalité entre les hommes et les femmes ; l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne ou encore l'accompagnement des nations ayant connu la révolution du Printemps arabe vers la Démocratie font ainsi parti des priorités de l'Union des Démocrates Musulmans Français.

Sur les 2 000 cantons concernés par ce scrutin, le parti ne devrait présenter ses candidats qu'en région parisienne (à Bobigny, Bagneux ainsi qu' aux Mureaux), à Lyon, Marseille, Strasbourg, Nice et Avion dans le Pas-de-Calais. Avant, peut-être, de réunir les 500 parrainages nécessaires pour une candidature à l'élection présidentielle de 2017. #Élections