Après le choc du 7 janvier dernier, les actes islamophobes ont explosé.  Le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) annonce une hausse de 70% par rapport à la même période l’an dernier. Pour lutter contre l’incompréhension et restaurer le dialogue avec la communauté musulmane, le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a présenté mercredi matin en Conseil des ministres un plan visant à réformer l’#Islam de France. Sécurité, représentation et formation des imams en sont les trois piliers. Il s'est ensuite rendu dans trois mosquées à Bordeaux et Cenon pour prononcer un discours placé sous le signe de l'apaisement. 

Renforcer la sécurité

Le premier axe du projet de réforme vise à renforcer la sécurité de tous les Français. A Bordeaux, le ministre de l’Intérieur a insisté sur « l’inquiétude des citoyens musulmans » et a rappelé sa volonté de « protéger tous les musulmans de France ». Au lendemain de la polémique suscitée par les déclarations de Roger Cuckierman qui affirmait que tous les actes de violence en France étaient commis par des jeunes musulmans, le ministre a rappelé qu'il ne fallait pas faire d'amalgame, en ajoutant que « l’immense majorité des musulmans sont attachés aux valeurs de la République ». Et d’insister : « Mettre en relation les exactions de quelques individus avec les comportements et les valeurs de cinq millions de Français musulmans relève soit d’une coupable ignorance, soit d’une malhonnêteté inacceptable. »

Dans les faits, les signalements par les préfets aux procureurs de tout acte antimusulmans devront être systématique. Pour sécuriser les lieux de culte, le ministre a annoncé le développement d’un système de vidéosurveillance en plus des mesures de protection renforcées déployées dans plus d’un millier de lieux de prières. Ces mesures existaient déjà pour les synagogues, elles sont aujourd’hui étendues aux mosquées.

Elargir la représentation 

L’autre axe vise à améliorer le dialogue avec la communauté musulmane dont la représentation s’avère contestée. La légitimité du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) longtemps discutée n’a finalement jamais suscité la reconnaissance des musulmans et s’est vu discréditée. Créé par Nicolas Sarkozy en 2003, cet organisme est trop souvent perçu comme « imposé par la haut » selon les termes du politologue et spécialiste de l'Islam, Olivier Roy.

Pourtant, le projet de réforme ne prévoit pas la dissolution du CFCM mais souhaite lui joindre une « instance de dialogue » à l’instar de l’instance de dialogue entre l’état et l’église catholique. Il s’agit concrètement d’un organisme qui réunirait des responsables d’associations de quartier, des artistes ou encore des intellectuels et des personnalités de la société civile dans le but d’élargir la représentation des musulmans. Interrogé par le journal Le Monde, Bernard Cazeneuve précise : « Cette instance se réunira deux fois par an, autour du premier ministre pour discuter de questions très concrètes qui sont autant de sujets de préoccupations pour les Français musulmans. »

Mieux former les imams 

Enfin, le projet de réforme aborde la question de la formation des imams. A l’heure où seulement 25 à 30% des imams en France sont Français, le gouvernement souhaite étendre les filières universitaires qui proposent des formations civiques et civiles aux imams afin de les sensibiliser à la culture française et au principe de laïcité. Six centres délivrent aujourd’hui ces formations. Bernard Cazeneuve a annoncé vouloir doubler leur nombre d’ici à la fin de l’année.

L’enjeu porte également sur le développement d'une formation des aumôniers qui puissent efficacement lutter contre la radicalisation des détenus. Ces formations ne sont en rien religieuses et se révèlent insuffisantes. Beaucoup de jeunes sont alors tentés de faire leurs classes coraniques en Egypte ou en Arabie Saoudite. Par la formation d’imams sensibilisés aux valeurs républicaines, le gouvernement entend lutter contre l’importation d’une interprétation rigoriste du Coran, un combat auquel la France n’est pas la seule à se confronter.

Après les attentats de Casablanca en 2003, et pour contrecarrer la tentation terroriste, le Maroc avait lui aussi fait le choix de réformer la formation de ses imams en intégrant au cursus théologique initial, des cours de droit et de géographie. La France avait d’ailleurs envoyé des imams se former à un Islam éclairé à Rabat, en janvier dernier.