Suite directe des attentats de Charlie Hebdo, Le Président de la République annonce Jeudi 5 février le renforcement du service civique comme rempart à la radicalisation de la jeunesse. Instauré en 2010, cet ''engagement citoyen'' est bien connu des 16-25 ans : celui-ci leur permet de remplir des missions de six mois / un an auprès d'acteurs publics ou associatifs, lesquels agissent comme des instances de socialisation.

L'idée de #François Hollande est simple, puisqu'il s'agit d'élargir ce dispositif à environ 180 000 personnes en 2015, contre 35 000 en 2014, ce qui du point de vue des valeurs républicaines, fleure le bon sens pour cette génération en perte de repères... Mais son instauration ne fera qu'intensifier la dynamique actuelle de précarité des jeunes, précarité qui multiplie les risques d'une société anomique, désenchantée, vulnérable aux fanatismes.

« En donnant confiance à la jeunesse nous mettrons notre pays en mouvement »

Cette phrase est celle du candidat Hollande en pleine campagne, alors qu'il visite un centre d'insertion à Strasbourg. Elle est également celle d'un leader socialiste qui met la jeunesse au cœur de son programme quinquennal. 3 ans plus tard, où en sommes-nous ? La mesure du contrat de génération constitue plus un effet d'aubaine pour les entreprises qu'un moyen novateur et structurant de penser l'emploi. Le contrat d'avenir, s'il commence à avoir des effets probants d'après L'Express Emploi (article d'Alexia Eychenne publié le 6 février), vise principalement les jeunes sans qualification dans les quartiers sensibles. Tant mieux, mais au risque de schématiser, la France a aussi une armada de diplômés dont la situation n'a pas évolué d'un iota malgré l'alternance : chômeurs à Bac +5, condamnés à l'exil, réduits à mentir sur leurs diplômes... Ou à reprendre une formation donnant accès à un stage supposé salvateur. Le stage, tiens, parlons-en.

Après le stage, le service civique ? Après le service civique, le stage ?

A titre d'exemple, si l'on va sur un site d'emploi et que l'on vise les offres relatives au numérique, que voyons-nous ? Les missions dites « à haute valeur ajoutée » comme le community management, le web marketing ou la rédaction SEO restent cantonnées à cette échelle du stage ou du contrat d'apprentissage.... alors que ces activités sont censées devenir les emplois de demain et mobilisent, à ce titre, bon nombre de formations supérieures.

Le constat est implacable, la massification annoncée des services civiques n'est point son cataplasme : sans clarification ni codification, ce dispositif n'est qu'un cadre légal supplémentaire pour recruter très qualifié et quasi-gratuitement, une offrande pour l'employeur en difficulté comptable ou peu scrupuleux, une énième occasion de repousser la professionnalisation concrète de ce type d'emplois.

Après le contrat d'apprentissage, le stage et désormais le service civique, on embauche ou on change de main-d'œuvre consentante ? La question reste ouverte, mais si la seconde option est privilégiée, ceci sera une mauvaise, très mauvaise nouvelle. Car à gagner 508 euros ou 573 euros par mois sans autre perspective, pas sûr que le jeune Français apprenne à l'aimer, sa République.