Avec la peoplisation du paysage politique français, amorcée d'abord par l'intermédiaire des élections présidentielles de 2007, puis par le mandat de Nicolas Sarkozy, on sait aujourd'hui que l'activité sur les réseaux sociaux et autres prestations télévisées comptent bien plus qu'un programme.

Dans ce vaste royaume de la posture, où des futiles questions de charisme et de leadership prennent le dessus sur un véritable projet à long-terme, les représentants du peuple, le plus souvent issus de grandes écoles leur permettant de faire carrière sans mettre ne serait-ce qu'une fois les pieds dans la vie active, sont obsédés par leur image et leur réputation.

Les bons et les méchants

Les électeurs se font souvent une idée avec très peu d'images concrètes à l'appui.

Souvent, celui qui ne fait rien sera récompensé car il n'aura pas été à l'origine du négatif.

Chaque pays distribue bons points et bonnets d'ânes à sa manière.

Si Margaret Thatcher, Premier Ministre Britannique de 1979 à 1990, possède une réputation peu flatteuse dans le Nord de l'Angleterre à cause des fermetures de mines organisées sous sa gouvernance, la City Londonienne la remercie d'avoir fait de l'île un centre mondial de la finance.

Pour ce qui est du capital sympathie, la Dame de Fer n'en n'a jamais réellement eu, tant sa froideur apparente pouvait laisser pantois les Britanniques.

Aux Etats-Unis, Bill Clinton et George W. Bush résument à merveille cette thèse du président sympa.

Le premier, au pouvoir de 1992 à 2000, a toujours cherché à donner une image décontractée et cool de sa fonction, jouant ainsi au golf dans le jardin de la Maison Blanche devant les caméras, n'hésitant pas à faire un peu de saxophone pour amuser la galerie, ou encore en explosant de rire en pleine cérémonie officielle, lorsque son homologue russe, Boris Eltsine n'avait pas su retenir ses gaz.

Même en trompant Hillary avec sa stagiaire Monica Lewinsky, même en mentant devant la Cour Suprême, Bill Clinton gardera à jamais cette aura de sympathie grâce à un travail médiatique parfaitement maîtrisé.

Pour son successeur, à la tête des USA de 2000 à 2008, la tâche se sera avérée beaucoup plus compliquée.

Avec ses gaffes à répétition, ou encore à deux doigts de s'étouffer avec un bretzel, Bush Junior a surtout gagné une image médiatique de crétin, voire de débile.

Hélas pour le Texan, il restera à jamais enfermé dans ce carcan du Président bête mais antipathique, à cause d'un contexte international explosif (Afghanistan, Irak).

Car finalement, le " gentil con " semble être le meilleur moyen de gagner la sympathie de ses électeurs.

La recette Chirac

Au pays de l'anti-héros et de Bel-Ami, les Français lui pardonnent tout.

Adepte du serrage de louches massif au salon de l'agriculture, Jacques Chirac n'hésitait pas non plus à littéralement goûter tout ce qu'on lui proposait.

Avec une image de bon vivant ultra-sociable, l'ancien maire de Paris a évidemment vaincu sans peine, et à deux reprises, un Lionel Jospin trop strict et trop professoral pour les Français.

Bien sûr, l'influence de la marionnette des Guignols de l'Info sur l'inconscient des électeurs est incontestable.

En nous offrant Jacques Chirac avachi en survêtement sur le canapé de l'Elysée, avant d'avaler une bavette entière devant son poste de télévision, Canal + a offert aux Français une image de Monsieur Tout le Monde, que le #Président de la République de 1995 à 2007 s'est évidemment empressé d'exploiter jusqu'à la dernière goutte.