Alors que le troisième anniversaire de sa prise de fonction approche à grands pas, le président de la République a accepté de jouer le jeu de l'infotainment. Face à l'ancienne animatrice des Maternelles, peu rompue à l'exercice de l'interview politique, #François Hollande a souhaité rompre avec son image officielle pour se présenter aux Français sous un jour plus décontracté.

Sur le papier, le principe était clair. Deux heures d'antenne entièrement dédiées au mandat présidentiel avec deux objectifs clairs : faire le bilan des trois années écoulées et énoncer les perspectives sur les deux à venir.

Pour ce faire, Canal + avait tout prévu. Quatre grandes thématiques illustrées chacune par un reportage « en immersion », suivies de quelques questions ni trop convenues, ni trop provocatrices. Un calibrage censé déconstruire l'image austère et énigmatique de François Hollande.

Une semaine dans les coulisses de l'Elysée

C'est à l'homme derrière la fonction que la chaîne s'est intéressé pour ouvrir l'émission. Une équipe a donc suivi François Hollande sur une semaine, avec comme ambition non cachée de montrer aux téléspectateurs ce fameux « paradoxe» dont les médias ont souvent parlé. Celui d'un homme drôle, très à l'aise face aux caméras qui laisse cependant une image froide et impassible en situation officielle.

Sur cette semaine lambda, un emploi du temps chargé : inauguration de la réplique de la grotte de Chauvet, signature de la vente des avions rafale à l'Inde, projection privée d'un documentaire réalisé par Daniel Cohn-Bendit, candidature de la ville de Paris aux JO de 2024, sans oublier le Conseil des ministres ou encore le traditionnel déjeuner du lundi avec son Premier ministre Manuel Valls. Un reportage qui a ouvert le bal avant l'arrivée sur le plateau du principal intéressé.

Une impopularité grandissante

Le premier sujet abordé ne pouvait être autre que le désamour des Français pour François Hollande. Car si les 61% d'opinion favorable au lendemain des présidentielles de 2012 sont définitivement enterrés, la cote du Président dégringole de plus en plus dans les sondages. Malgré le pic de 29% atteint en janvier 2015 grâce à sa gestion des attaques terroristes qui ont ébranlées Paris, les chiffrent ne cesse de reculer. Depuis la fin du mois de février, la cote de popularité de François Hollande a reculé de quatre points pour atteindre les 21% en avril.

Face à la perte de confiance des Français, le Président s'est montré impassible. « 5 ans, c'est le mandat qui m'a été confié » a-t-il précisé pour rassurer les électeurs, rappelant à qui aurait oublié qu'il lui restait encore deux ans pour inverser la courbe du chômage, malgré sa grande promesse électorale d'une inversion dès la première année de son mandat.

François Hollande face au Front national

Pour illustrer l'impopularité du président de la République, la chaine a alors diffusé un reportage tourné dans la ville de Grenet, un canton du Pas-de-Calais où la majorité des habitants de tradition socialiste ont, souvent pour la première fois de leur vie, voté Front national aux dernières élections départementales. « Le pire, c'est les résignations », voilà ce que François Hollande avouera à la fin du reportage. On aurait pu croire le moment télévisuel idéal pour rappeler aux Français les mesures mises en place ou à venir, les projets du gouvernement en matière d'emploi et d'économie. Mais François Hollande n'a pas saisi la perche qui lui était lancée…Face à la montée du FN, il capitule et reconnaît que les Français «ne croient plus au système tel qu'il est aujourd'hui ». Si le président de la République avait en tête un nouveau système novateur, ou une série de mesure pour regagner la confiance de ses électeurs, il s'est bien gardé d'en informer les téléspectateurs.

Aussi, lorsque Maïtena Biraben lui fait remarquer son manque de réaction face aux mauvais sondages et notamment face au nombre accablant de 79% d'électeurs déçus, François Hollande avoue simplement : « Je ne balaye rien du tout ». Finalement, le « Qu'il se bouge ! » lancé par un habitant face caméra sera resté lettre morte.

Un petit bilan, peu de perspectives

Au final, quelques sujets abordés : la politique étrangère et l'implication de la France au sein de conflit armés, notamment en Afrique, les réfugiés de Lampedusa et la loi Macron évoquée vaguement pour rassurer sur des mesures économiques favorables à l'emploi et à la croissance. A ce titre, l'exemple des sociétés de transports routiers qui pourront créer de l'activité semblait un peu timide face à la situation économique du pays et aux 83% d'emploi signés en CDD sur l'année 2014. Sur le sujet, le Président a tout de même fait une vraie annonce importante: l'élargissement de la prime d'activité aux moins de 25 ans, une mesure prise pour inciter les jeunes à choisir l'emploi plutôt que les aides sociales.

Au sujet de la loi sur le renseignement et malgré les efforts de Maïtena Biraben, le débat n'aura pas lieu. Face aux sollicitations de la présentatrice qui dit craindre d'être mise sur écoute sans raison, François Hollande annonce tout de même une décision qui se veut spontanée : « Je vais saisir le conseil constitutionnel pour regarder si le texte est conforme à la constitution » dit-il sans cérémonie. Pour clore la discussion, François Hollande aura le dernier mot en assurant que cette loi est avant tout faite pour nous permettre « d'être en liberté ».

Au bout de deux heures d'émission, le constat est plutôt décevant. Que ce soit sur le bilan ou sur les perspectives, le consensus a était fait, chacun étant resté bien à sa place. L'arrivée sur le plateau de quelques lycéens triés sur le volet pour un face à face décomplexé avec le Président aura été le seul moment intéressant. Autour des questions sur la laïcité, l'école et le chômage, ces adolescents ont donné plus à entendre et à réfléchir que François Hollande seul face aux Français. #Télévision