Entre la loi Macron, le chômage en hausse et les batailles électorales, le projet de loi sur le renseignement est plus ou moins passé inaperçu lors de sa présentation le 19 mars dernier. Et pourtant, l'initiative du gouvernement est sans précédent. Suite aux terribles attentats qui ont secoué la France en janvier dernier, la lutte contre le #Terrorisme est devenue une des priorités du gouvernement Valls. Après s'être concertés avec les ministres, dont Bernard Cazeneuve qui avait été envoyé à la Silicon Valley pour parlementer avec les géants du web au lendemain des attentats, le Premier Ministre a ainsi dévoilé il y a quelques jours cette loi déjà baptisée « Loi sur le renseignement », qui permettrait, selon le gouvernement, de repérer en amont les organisations terroristes et ses membres qui complotent et recrutent dans l'ombre d'internet.

Pour cela, deux domaines de surveillance seront ajoutés aux cinq déjà existants. Dont « la prévention des violences collectives de nature à porter gravement atteinte à la paix publique ». De quoi autoriser la mise sous écoute d'un gréviste un brin violent ou d'un jeune bobo aux idées révolutionnaires ? On y est presque. Il faut dire que les méthodes employées pour lutter contre le terrorisme ont de quoi faire passer la NSA pour des gamins de maternelle : d'après le projet de loi, des boîtes noires seront placées auprès des principaux opérateurs téléphoniques et fournisseurs d'accès à internet. Ces boîtes noires enregistreront et filtreront toutes les conversations émises par nous tous, citoyens lambdas. Ce sera à un algorithme, et donc à un programme informatique de probabilité, de repérer les discours marginaux, menaçants et radicaux, et de transmettre ces informations aux services de renseignement qui se feront un plaisir de pouvoir interroger la personne visée et de fermer un site ou compte internet sans même devoir passer devant un juge. Autant dire qu'il faudra désormais y penser à deux fois avant de blaguer sur le terrorisme sur Facebook…

La résistance s'organise

Si cette loi est adoptée, ce qui devrait être le cas le 16 avril prochain si tout se passe bien, la vie des Français risque bien d'être transformée et de ressembler, pour beaucoup, à la célèbre télé-réalité « Big Brother » où aucun aspect de la vie intime des candidats n'était dissimulé. Pas étonnant qu'un front commun d'associations, de partis politiques et d'ONG se rassemblent pour pointer du doigt les dangers d'une telle loi, voire d'accuser le gouvernement d'espionner ces citoyens en toute impunité.

« C'est un ordinateur qui va décider si les propos tenus par Monsieur X sont dangereux ou non. Le gouvernement assure que l'algorithme ne changera pas et ne filtrera que les menaces terroristes, mais il y a toujours le risque que l'algorithme filtre autre chose que le danger lié au terrorisme et se mette à fouiner davantage dans la vie des citoyens. Il y a un véritable danger car il y a très peu de contrôle. On ne sera pas prévenu si les services de renseignement abusent de leur pouvoir ! », nous explique Christopher Pilab, porte-parole de l'association de défense des internautes La Quadrature du Net qui a appelé à un « sursaut citoyen » en invitant les Français à se manifester auprès de leur député local. Ce que soutiennent également Amnesty International, la Ligue des Droits de l'Homme, le Syndicat de la Magistrature et Reporters sans Frontières, pour ne citer qu'eux. Côté politique, si les divers membres du gouvernement soutiennent sans surprise le projet de loi, il fait pourtant grincer des dents auprès du Parti Pirate, mais également les EELV. « En amputant nos concitoyens de plusieurs droits fondamentaux, on offre aux terroristes ce que les armes n'ont pu obtenir : ces nouveaux pouvoirs de surveillance et donc de suspicion généralisée touchent aux valeurs et aux droits fondamentaux qui font qu'une démocratie peut se revendiquer comme telle », ont déclaré Les Verts dans un communiqué de presse dévoilé ce jeudi. La consternation se retrouve également outre-Atlantique : un édito caustique publié par le New York Times ce 1er avril dénonce une loi qui viserait à créer un « Patriot Act » à la française, ce qu'a farouchement démenti Manuel Valls. Certains diront que les Américains feraient mieux de s'occuper de leur poutre avant de critiquer la paille dans l'œil des Français. Mais est-on vraiment à l'abris d'un cas "Edward Snowden" chez nous? Plus vraiment...