Le FN, un parti comme les autres ? La question ne se pose même plus. Les images de #Marine Le Pen déambulant, mardi soir, lors du gala annuel du "Time" vêtue de sa robe bleue, le symbole est cocasse. Qui aurait cru, il y a quelques années de cela, que la fille de Jean-Marie Le Pen foulerait un tapis rouge de l'Upper West Side près de Central Park ?

Entre Obama, Merkel et… Kardashian

"Je suis fière pour mon pays, lance-t-elle au micro de la radio Europe 1. Je suis fière que les millions de Français qui font un choix différent de l'UMP et du PS soient présents un peu ce soir. Vous voyez la France des oubliés, ce soir elle n'est pas oubliée." À son retour en France, Marine Le Pen pourra se réjouir d'autant plus en constatant le succès de sa stratégie de dédiabolisation. « Marine Le Pen adoubée par les Américains », titre Le Figaro. « Petits fours et tapis rouge pour Marine Le Pen à New York », pour BFM TV. « Marine Le Pen : eh bien dansons maintenant », ose Les Échos. Les belles phrases sont de sortie et les polémiques s'évaporent comme par magie.

Parmi les personnalités les plus influentes, on trouve Barack Obama, Vladimir Poutine, Angela Merkel ou encore Kim Jong-un (qui lui ne s'est pas présenté au gala…). Le Premier ministre grec Alexis Tsipras, l'économiste français Thomas Piketty voire le pape François sont également cités. Sans oublier la très influente Kim Kardashian qui vient donner un peu de crédibilité à ce classement. "Il y a évidemment une partie des gens qui sont des artistes, clame Marine Le Pen. Mais il y a aussi une partie de gens dont la pensée influence le monde, dont les actes, dont les décisions influencent le monde, c'est ça qui m'intéresse au plus haut point."

« Je ne parle pas anglais moi, je suis française! »

Aux États-Unis, la présence de Marine Le Pen a attisé la curiosité. Il faut dire que sa dernière sortie américaine, en 2011, ne s'était pas aussi bien déroulée. Entre sa très courte entrevue avec l'obscur libertarien Ron Paul et sa rencontre houleuse avec l'ambassadeur d'Israël aux Nations Unies, Ron Prosor, elle s'attendait probablement à mieux. Mais les avis ont semble-t-il évolué. Et il n'y a pas qu'en France que la présidente du FN est dédiabolisée.

"Son succès est révélateur de ce qui arrive aux classes moyennes et aux jeunes en Europe avec ce terrible taux de chômage, estime Arianna Huffington, fondatrice du Huffington Post. Pour Nancy Gibbs, à la tête de l'hebdomadaire "Time", "les grands esprits ne pensent pas tous de même: des politiciens de différents horizons idéologiques se trouvent sur la liste du fait de leur aptitude à orienter la conversation dans de nouvelles directions." D'après la correspondante du "Time" à Paris, Vivienne Walt, qui s'est chargée de l'édito sur Marine Le Pen, elle pourrait très bien devenir présidente. "Sa prédiction ne parait plus absurde, explique-t-elle. Surtout qu'elle s'est finalement séparée de son père et de son antisémitisme nocif."

Ses larges sourires au bras de Louis Aliot, son anglais inexistant ("je ne parle pas anglais moi, je suis française!") ou ses photos de touriste au pied de la statue de la Liberté ont presque fait oublier le tremblement de terre provoqué au sein de son parti quelques jours plus tôt.

Toutes ces affaires mises sous le tapis... rouge

Elle n'y échappe toutefois pas totalement au vu de la petite phrase lâchée sur son père pour Paris Match. "Il a du mal à accepter le fait que je puisse avoir une légitimité en dehors de lui. Il ne reconnaît plus son parti, et pour lui c'est dur. Je crée un parti de gouvernement, lui ne connaît que l'opposition." Rappelons que Jean-Marie Le Pen a été mis à l'écart des régionales en PACA au profit de Marion Maréchal-Le Pen suite à ses propos sur les chambres à gaz et ses multiples dérapages.

De même, l'affaire sur le financement illégal présumé du parti de Marine Le Pen en 2012 a curieusement été réduite au silence. Même sort réservé à l'enquête sur les 20 assistants parlementaires suspectés de travailler pour le FN aux frais de l'Europe. Ces informations sont-elles moins importantes qu'un gala du "Time" ? Là non plus, la question ne se pose plus. C'est aussi cela, la dédiabolisation. #Front National