Le 1er mai 2015 se voulait unitaire dans une Europe en crise, avec pour mot d'ordre "le progrès social". Pourtant, tous les syndicats n'étaient pas présents à la traditionnelle marche. En effet, seuls quatre ont co-signé l'appel national à la manifestation. C'est le cas de la CGT, FSU, UNSA et Solidaires, rejoints par endroits par FO et l'UNEF. La CFDT est la grande absente de cette manifestation, organisant son propre évènement sur le thème de la Jeunesse à Paris. Les médias sont à leurs tours divisés : y a-t-il eu réellement un manque de collaboration entre les syndicats ?

Au programme de ce 1er mai, les revendications ne manquaient pas : on marche contre la loi Macron, contre la politique d'austérité des différents gouvernements européens, en commençant par la politique du nôtre et en militant pour le "progrès social" partout en Europe. Mais le 1er mai ce n'est pas que cela, c'est un rappel "pour la liberté d'expression, le refus de la stigmatisation et des tentatives de division des salariés", comme le dit Virginie Gensel-Imbrecht, membre de la CGT, dans L'Humanité. Il s'agit donc de faire écho à la manifestation des 10 et 11 janvier derniers pour la liberté d'expression, ayant vu se réunir 4 millions de personnes. La manifestation du 1er mai a quand à elle rassemblé 110 000 personnes.

Les médias et surtout les médias télévisés n'ont pourtant que très peu parlé des manifestations concernant les syndicats, préférant se rabattre dès le matin même du 1er mai sur la manifestation du Front National, donnant ainsi l'impression à beaucoup de personnes que le FN incarne désormais le 1er mai.

"Organiser un rassemblement en "l'honneur" de Jeanne d'Arc à une date aussi importante que celle-ci prouve que le FN a d'autres priorités que la défense des travailleurs. Alors que le 1er mai est l'occasion de revendiquer plus de justice sociale, une augmentation des salaires, de meilleures conditions de travail, une baisse du temps de travail, le FN choisit le 1er mai pour faire encore parler de lui", affirme Celya Belaid, militante du PC et du MJCF. Pour elle comme pour beaucoup, le FN reste "un parti d'extrême droite qui se sert de la misère et des inégalités pour exploiter le ras-le-bol général de la population à des fins délétères", beaucoup trop médiatisé. Pour Julien Rock, autre membre des jeunes communistes, "il est plus facile pour les grands médias de parler d'un parti qui ne propose rien, et surtout pas de changer l'ordre social actuel, que de parler des gens qui, en France et dans le monde, se mobilisent pour une société plus juste [...] Le FN n'a pas pris la place des syndicats, mais c'est ce qu'on veut faire croire aux gens. Cela participe d'un nivellement par le bas sur le plan politique : les médias s'intéressent à l'évènementiel, à la dimension "People" de la politique."

Pour ces deux personnes, "le 1er mai est, et restera, un évènement qui appartient au peuple avant tout, au peuple aux syndicats et partis qui le défendent. Ce n'est pas un jour férié comme les autres, c'est bien plus que cela. Défiler le 1er mai c'est la piqûre de rappel annuelle pour se souvenir des luttes passées de tous ces syndicalistes grâce à qui l'on peut encore jouir de certains droits."

Pour eux comme pour beaucoup, la politique du #Gouvernement affaiblie la mobilisation. "Cette dernière a découragé le peuple de gauche et a discrédité en partie la gauche radicale et les syndicats. Certains de ces derniers n'ont pas défendu les salariés et ont participé à la politique gouvernementale. Dès lors, les syndicats qui s'opposent à cela (la CGT notamment) sont vus comme des organisations qui bloquent les situations et ne sont pas dans une démarche constructive. Tout cela décourage et démobilise le peuple de gauche", précise Julien Rock. Mais les médias qui "ont toujours minimiser la force des mobilisations, notamment celle du 1er mai [...] jouent à un jeu dangereux", d'après Celya Belaid. "Quant au rôle fédérateur des syndicats, l'on ne peut parler d'eux comme d'un tout homogène. Chaque syndicat a une histoire, une organisation, un programme différents. Il ne faut pas prendre les divergences entre eux comme la preuve de l'échec du mouvement syndical ou de la mobilisation. Si certains syndicats préfèrent manifester seuls, l'on ne peut que remarquer que les manifestations les plus suivies sont celles unitaires ou à l'appel de la CGT qui arrive à fédérer autour d'elle [...] Bien sûr que c'est loin de ce que l'on pourrait faire, mais le contexte politique et économique y est aussi pour beaucoup. Nombreux sont ceux qui, lassés de la situation, préfèrent rester chez eux, plutôt que descendre dans la rue. Cela peut se comprendre, même si personnellement j'aurais tendance à dire qu'il faut au contraire que ces personnes se joignent à nous pour faire entendre leur colère. Plus nombreux, l'on peut véritablement faire changer les choses", conclut-elle.

Leurs façons de penser illustrent ce que pensent beaucoup de personnes, avec un effet particulier chez les jeunes, beaucoup se sentent lassés par la situation actuelle, mais eux comme beaucoup d'autres, restent unis. #Union Européenne