Jean-Marie Le Pen a publié sur son blog, vendredi, un réquisitoire qui n'est autre que le discours qu'il a prononcé le 4 Mai devant le Bureau Politique du FN, réuni au siège à Nanterre. C'est un nouveau tacle envers sa fille et surtout envers le vice-président, alors que la Présidente du parti assurait jeudi que cette crise appartenait déjà au passé.

Le co-fondateur du mouvement, Jean-Marie Le Pen, cherche avant tout à réaffirmer sa place prégnante à la base du parti et remet en cause à la fois le travail de dédiabolisation de sa fille et les supposés bons résultats aux élections européennes et départementales.

Le vice-président dans le viseur du président d'honneur

Jean-Marie Le Pen regrette amèrement la façon dont sa fille a réagi face à ses propos au micro de RMC et dans l'hebdomadaire espagnol Rivarol. Mais il dénonce avec plus de vigueur encore sa convocation devant le Bureau Exécutif siégeant en formation disciplinaire pour l'occasion, qu'il qualifie de "scandaleuse", "indélicate" et "immorale".

"Je ne connais pas les griefs qui ne peuvent être que gravissimes pour justifier cette incroyable procédure".

"En revanche, je note qu'un certain nombre de salariés du Carré, comme Monsieur Bollée, chef de cabinet de Monsieur Philippot, se sont permis des attaques injurieuses contre moi sans être le moins du monde mis en cause".

Il s'attache ensuite dans sa déclaration à pointer du doigt la composition de ce Bureau où les membres sont ou ont été salariés du parti. Le recrutement des collaborateurs et les propos qu'ils ont pu tenir à son encontre semblent assez mal passer pour le patriarche.

C'est en effet envers Florian Philippot, vice-président du parti, que le divorce semble le plus consommé. Jean-Marie Le Pen est très critique à la suite des propos de ce dernier, "la rupture était totale et définitive". Ce qui a été confirmé par son directeur de Cabinet, qui affirmait "il faut qu'il parte".

Le président d'honneur y voit là, "des recrutements de collaborateurs dont l'une des caractéristiques communes, c'est de vouloir faire table rase du passé (Remplacer les vieux cons par les jeunes trous du cul)".

Cependant, qu'importe la décision finale du Bureau Exécutif, Jean-Marie Le Pen devrait continuer à occuper l'espace politique : "Je reprendrai la parole demain, quoiqu'il en soit". Et déclare, "je ne me suis jamais exprimé au nom du #Front National" parce que la marque Jean-Marie Le Pen existe indépendamment comme il s'amuse à le rappeler.

Le Front National porte encore la marque Jean-Marie Le Pen

Dans cet acte de la pièce Le Pen, le patriarche s'attache à la fois à se "victimiser" par un long monologue autour de ces derniers malheurs dont la découverte d'un compte en Suisse, quelle ironie du sort. Mais il frappe un grand coup dans l'effort de dédiabolisation de sa fille en montrant que le parti porte toujours sa marque à la base. La doctrine du FN repose, selon lui, toujours sur l'édition écrite lors du Congrès de 2000, "Pour un avenir français" suite à la scission mégrétiste. Alors une nouvelle forme pour un même fond ? C'est ce que semble affirmé le co-fondateur du parti.

"Nous n'en sommes pas aux portes (du pouvoir), loin de là"

Jean-Marie Le Pen vient pour terminer son communiqué déconstruire l'ambition présidentielle de sa fille et le discours qu'elle tient depuis les élections européennes qui présente la FN comme le "1e parti de France".

"Ne nous faisons pas d'illusions sur la force réelle du mouvement". Jean-Marie Le Pen n'avait pas pour objectif la conquête du pouvoir, lors qu'il était à la tête du parti, simplement parce qu'il voulait pas dévier de sa doctrine. Or, il met en avant son incompatibilité avec l'élection présidentielle : "le programme présidentiel du candidat soutenu par le FN n'est pas constitutif de la doctrine du mouvement, même s'il s'en inspire largement. Mais la forme même du scrutin présidentiel l'oblige à des amodiations ou des élargissements qui visent à conquérir la majorité de 50%". Cependant, toute ambition présidentielle restera vaine pour l'instant car "nous n'en sommes pas aux portes (du pouvoir) loin de là". Simplement parce que, "le fait, réel, d'arriver en 1e position lors des Européennes et des départementales ne doit pas nous aveugler. Le chiffre des voix obtenues doit être la vraie différence" et pour l'instant seul le jeu des abstentionnistes permet ces premières places.

Il ne reste plus qu'à attendre la réponse de l'autre camp dans cette confrontation digne d'un feuilleton télévisé réunissant les clés du succès : crise, coup bas, dispute, amour, et conquête du pouvoir ! #Marine Le Pen