Service d'ordre ou milice du Front National ? 

25 octobre 1996, Montceau-les-Mines. Il est 23h, une réunion publique du Front National, à laquelle assiste Bruno Gollnisch, vient de prendre fin. Les militants commencent à sortir du local du parti quand soudain, ils se heurtent à une contre manifestation d'opposants politiques. Jets de cailloux, de bouteilles en verre, les militants frontistes sont pris à parti, et les forces de l'ordre ont reçu comme instruction du préfet de ne pas intervenir. C'est alors que 20 membres du DPS investissent les lieux, protégés de la tête aux pieds par une tenue antiémeute quasiment identique à celle des forces de police. Selon Yves Bertrand, directeur central des Renseignements Généraux à l'époque, "il y avait dans ce groupe énormément de [...] personnes issues de sociétés de gardiennage, ou militants de groupes néo-nazis. Il était d'ailleurs frappant de constater la violence de la réaction de ces personnes face aux militants anti-fascistes". La date du 25 octobre 1996 est donc à retenir comme la première en laquelle le DPS s'est substitué aux forces de l'ordre.

Et en effet, le service d'ordre du parti est, selon le journal Libération, composé majoritairement "d'anciens militaires, vigiles, ou même policiers" habitués à la mission de protection et celle de maintien de l'ordre dans un cadre professionnel. C'est du fait de son organisation paramilitaire que les membres du DPS, pourtant bénévoles, prennent très au sérieux leurs missions.

Et d'ailleurs ces missions, quelles sont-elles ?

Protection physique des dirigeants du Front National et surveillance des manifestations ou meetings du parti, voici les deux missions très officielles du Département Protection Sécurité. En réalité, les rôles qu'il remplit sont bien plus vastes. Service d'ordre, force de maintien de l'ordre occasionnelle, mais aussi substitut aux "RG". En effet, selon une enquête parlementaire de 1999, le DPS servirait officieusement de service de renseignement interne du Front National au même titre que les Renseignements Généraux pour l'État : « Cette fonction serait assurée tant par l’intermédiaire de son directeur national qu’au travers ses échelons locaux, souvent perçus comme des « commissaires politiques » chargés d’informer le président sur la vie interne du mouvement et les éventuelles turpitudes des uns ou des autres", dit le rapport.

L'espionnage de journalistes est, selon l'un des ex-membres du DPS cité dans Libération, une facette importante du travail de ce "service d'ordre" : "Un photographe tire le portrait des nouveaux venus [journalistes] aux conférences de presse. Le FN récupère aussi des infos grâce au numéro de Sécu ou par France Télécom et constitue un fichier sur ordinateur avec nom, adresse, photo". Selon cet homme, le Canard Enchaîné et Libération seraient les deux "bêtes noires" des renseignements du DPS.

Plus grave encore, selon cette même source, ancien du "DPS officieux", le Département Protection Sécurité aurait deux facettes très distinctes l'une de l'autre : "Nous ne sommes pas les pères peinards de 50 balais du DPS officiel qui font les fouilles à l'entrée des réunions publiques". En civil, notre mission est d'"intégrer les groupes de manifestants anti-FN, repérer les meneurs et les casser. On n'agit pas en visu mais discrètement. On débarque par groupes de trois ou quatre dans les manifs, on chope les meneurs, on les emmène à l'écart, on cogne et on disparaît."

Le DPS à l'origine de trop nombreux incidents

Agressions, violences, menaces, détention d'armes et usurpations de la fonction de policier, voici les fautes que commettent souvent les membres du DPS selon une enquête parlementaire datée de 1999.  Pourtant, le parti frontiste stipule par note interne aux membres de son service d'ordre que l'usage d'armes ou apparentés est strictement interdit. Mini bombes lacrymogènes, matraques télescopiques, voici l'équipement le plus courant au DPS.

Selon l'une des sources de Libération, certains élus frontistes recycleraient même des membres du DPS dans leurs polices municipales. "C'est pour ça que Catherine Mégret a monté une brigade d'intervention habillée tout en noir comme nous pour les opérations spéciales. Normal, comment voulez-vous défendre votre ville si vous n'avez pas des gens à vous ?"

"Nous sommes tous des ex-combattants aptes à sauter en parachute et à tirer. La plupart ont participé à des conflits, au Tchad, en Centrafrique ou au Liban", cite un ancien du DPS au Huffington Post avant d'expliquer que les siens n'avaient "peur de rien" et étaient "capables de faire le coup de poing où il faut et quand il faut". Bagarres, violences, profils de barbouzes... L'histoire du service d'ordre du FN a rapidement eu une réputation sulfureuse qui lui a valu les surnoms de "petite légion" voire de "milice" du parti.