Inconnu il y a près d’un an et demi, le parti anti-austérité Podemos a realisé, avec ses alliés, une incroyable avancée lors des élections locales en #Espagne. Près 30 millions d’Espagnols étaient appelés à se rendre aux urnes pour élire 8 122 maires et renouveler les Parlements de 13 régions.

« C’est une nuit magique pour l’Espagne, le changement est possible. Nous avons de grandes chances de remporter les prochaines élections générales. », s’est félicité hier soir Pablo Iglesias. Un résultat assez attendu et espéré par tous ceux qui ont été séduis par les discours du leader de Podemos. La droite remporte tout de même le scrutin, mais d’une très courte tête.

Adieu le bipartisme

C’est une sérieuse claque qui a été infligée au Parti populaire, actuel parti au pouvoir mené par Mariano Rajoy et le Parti socialiste ouvrier espagnol de Micaela Navarro. Même avec des scores respectifs de 27 et 25 % (contre 37 % en 2011), ils n’auront pas su conservé leur position de leaders incontestables et devront jouer leurs cartes avec les partis des Indignés. Les centristes de Ciudadanos se classent à la troisième place avec 6,55% des suffrages. Podemos, qui n'a apparaît pas en tant que tel dans les résultats, remporte de nombreuses voix grâce à l'ensemble de ses alliances.

Au niveau régional, le Parti populaire remporte une majorité de votes dans 11 des 13 scrutins. Mais ce ne sera sans compter Podemos et Ciudadanos qui gagne de nombreux sièges dans la plupart des gouvernements de régions.

Alejandro Canizares, 30 ans et installé à Séville remet clairement en cause la politique des leaders de droite. Lui qui a voté pour Podemos est conscient de l’enjeu qui s’est caché derrière ces élections : « Les résultats auront un impact significatif pour le pouvoir en place, notamment en raison des nombreuses affaires de corruption et de tous les hommes politiques qui ont détourné de grosses sommes d’argent. Les Espagnols sont assez déçus car c’est la même chose tous les quatre ans : le mensonge prime. »

Les Indignés aux portes de Madrid et Barcelone

« Nous avons eu une occasion historique et nous l’avons saisi. Notre liste a gagné. Merci à tous d’avoir rendu cela possible ». Historique, c’est bien le mot qu’il faut retenir de ce tweet posté par le rassemblement citoyen Barcelona en Comu. Leur leader, Ada Colau, est en passe de devenir la nouvelle locataire de la mairie de Barcelone. Sa liste remporte 11 sièges. Le maire sortant Xavier Trias obtient avec le CiU 10 sièges. Ciudadanos (5 sièges) et le Parti socialiste (4sièges) ferment le classement. Pour Pau Guillamon, 19 ans et étudiant en science politique dans la cité catalane, cette victoire est très lourde de sens. « En tant que capitale de la Catalogne, Barcelone est une ville stratégique. Ces élections ne sont pas des élections banales et conventionnelles. Et c’est avec ce scrutin que nous verrons si les nouveaux partis ont surpassé les idées des partis traditionnels et le système du bipartisme. En tout cas, Ada Colau a réalisé un très beau travail lors de sa campagne. Elle s’est battu.»

A Madrid, la candidate soutenue par Podemos, Manuela Carmena, pourrait, elle aussi, s’installer dans le fauteuil de maire. Sa liste Ahora Madrid obtient 20 sièges. C’est seulement un de moins que le camp d’Esperanza Aguirre, sa principale rivale et candidate du Parti populaire. L’ancienne magistrate a de donc de grandes chances de mettre fin à 20 ans de majorité absolue de la droite à Madrid. Pour ce faire, une alliance avec le Parti socialiste (qui obtient 9 sièges) sera inévitable. L’affaire semble toute pliée, mais aucune décision officielle n’a été annoncée à l’heure où nous écrivons.

Podemos va-t-il décevoir ?

Après les résultats, une seule question persiste dans l’esprit de nombreux Espagnols : Podemos, nouveau parti anti-austérité, va-t-il faire tache une fois arrivé au pouvoir ? Pour Alejandro, le doute persiste : « Je soutiens Podemos, car il me semble qu’ils apportent quelque chose de nouveau. Mais au final, qui sait ce qu’ils feront vraiment… ? »

Un renouveau qui pourrait donc s’essouffler et laisser place à de fortes craintes. Perdus face à la situation économique de leurs pays, les Espagnols s’attendent à être déçus par les futures mesures des élus soutenus par Podemos. « Je pense que ces nouveaux partis ne sont que des remplaçants des anciens que nous connaissons. Podemos a commencé son ascension avec un programme très à gauche, mais aujourd’hui je trouve qu’il ressemble plus au parti socialiste de Felipe Gonzalez des années 1980. Leur programme de gauche, que j’approuvais, a été modifié pour tendre vers une social-démocratie ordinaire. Seulement, cela ne fonctionne pas en Espagne, car le pouvoir n’appartient pas au peuple, mais aux élites et aux banques. », confie Pau. #Élections