On ne change pas une équipe qui gagne. Si David Cameron a porté le parti conservateur aussi haut lors de ces élections générales 2015, le Premier Ministre le doit avant tout à lui-même et à l'action de son gouvernement lors des cinq dernières années. Le parti conservateur gagne 325 sièges à Westminster, le parlement britannique, et inflige une lourde défaite au Labour (travailliste), l'autre grand parti qui n'a fait élire que 235 députés (MPs).

Cinq ans après sa première victoire, Cameron a gagné le droit de mener le pays sans avoir à former de coalition avec un autre parti. En 2010, il avait accédé au 10 Downing Street dans un contexte bien différent et grâce à une alliance avec les centristes du Lib-Dem. A l'époque, son gouvernement prenait la suite d'un parti travailliste usé par une décennie au pouvoir et mené par l'impopulaire Gordon Brown. Peu aidé par la crise des subprimes et les couteuses guerres d'Irak et d'Afghanistan, Brown laissait derrière lui un pays miné par des scandales de corruption et un taux de chômage de 8%.

En 2015, Cameron a bâti sa victoire sur son bilan et d'intelligentes manœuvres politiques. Pendant son premier mandat, le jeune et charismatique Premier Ministre s'est attelé à mettre en place un programme d'austérité sans précédent et à retrouver la voie de la croissance. Basée sur de fortes réductions des dépenses publiques et l'assouplissement du marché du travail, la politique du Premier Ministre a provoqué des résistances. La remise en cause de l'accès équitable aux soins et à l'éducation a notamment été fustigée par la gauche, qui dénonçait un programme d'austérité 'pire que sous Margareth Thatcher', la Dame de Fer des années 1980.

Baisse importante du chômage

C'est que, comme en France, les Britanniques sont attachés à leur système de protection sociale (Welfare), un des plus avancés au monde. Avec le premier gouvernement Cameron, les hôpitaux de la NHS (National Health Service) ont subi des coupes de personnels importantes et les prix d'inscription dans les universités ont décollé. Il faut maintenant compter environ 10 000 euros pour une année d'université. Malgré ces mesures impopulaires, Cameron a tenu sa ligne. Sa victoire de vendredi confirme qu'il a, au final, su convaincre une large majorité de Britanniques.

Le chômage a baissé de plus de deux points, à 5,8%. Certes, beaucoup des emplois créés sont précaires, mais toujours est-il que des milliers de personnes les ont préférés aux allocations de chômage. La croissance était de 1,9% en 2013 et de 2,6% en 2014, une des plus dynamiques d'Europe. Le bilan économique n'est cependant pas entièrement réussi, puisque la dette nationale s'est envolée, pour atteindre 90% du PIB en 2013. Un bilan relativement bon donc, mais qui ne suffit pas à expliquer l'ampleur de la victoire des conservateurs.

Une opposition politique divisée

Pour remporter son second mandat, Cameron a parfaitement su tirer parti d'une opposition divisée. Le Labour a pâti de l'image peu convaincante de son chef de fil, Ed Miliband. Positionné très à gauche et peu charismatique, les électeurs l'ont boudé, ne risquant pas le pari du renouvellement alors que le gouvernement actuel obtient quelques résultats. Miliband a annoncé vendredi midi qu'il démissionnait de ses fonctions. La même décision a été prise par l'ancien allié de Cameron au gouvernement, Nick Clegg, dont le parti Lib-Dem a été laminé en obtenant qu'une cinquantaine de sièges au parlement.

En promettant un référendum sur l'adhésion à l'Union Européenne, Cameron a aussi désamorcé la menace xénophobe de l'UKIP, qui culmine à 12% et ne gagne que 1 ou 2 sièges à Westminster. Le parti anti-étrangers et anti Union Européenne, mené par Nigel Farage, réclame depuis des années les fermetures des frontières et une préférence nationale. Farage démissionne aussi de ses fonctions. Parmi les partis d'opposition, seuls les indépendantistes écossais sortent renforcés du scrutin avec une cinquantaine de sièges à Londres, un score historique.

L'enjeu européen

Le nouveau mandat de Cameron ne s'annonce cependant pas de tout repos. La pression indépendantiste écossaise semble s'affirmer. Surtout, le jeu du Premier Ministre sur le référendum européen est risqué. S'il est lui-même convaincu que l'adhésion à l'Union est, sous certaines conditions, bénéfique pour la Grande- Bretagne, l'opinion des Britanniques sur la question est historiquement très indécise. Une sortie, encore hypothétique, de l'Union Européenne d'un grand pays comme la #Royaume-Uni serait indélébilement associée au bilan de Cameron.

Celui-ci reste cependant en position de force pour imposer ses idées, fort de ce nouveau succès électoral et d'un bilan dans l'ensemble plébiscité par les Britanniques. Après une décennie Labour, les années 2010 au Royaume-Uni sont Tories. Son homme fort est bien David Cameron.