Âgée de 25 ans à peine, Laura Slimani est la présidente des Jeunes Socialistes en France, mais vient aussi d'être élue à la tête des jeunes socialistes européens il y a environ deux semaines. Au mois de mars dernier, le #Chômage a atteint un nouveau record en France, avec 3,51 millions de demandeurs d'#Emploi sans activité en métropole, ce qui correspond à environ 15.000 de plus qu'au mois de février (+0,4%). "Le chômage est trop élevé", a déploré le président français François Hollande avant la publication des chiffres officiels liés à l'emploi. Selon Laura Slimani, il est crucial d'agir, et de le faire différemment.

Blasting News: Quelles sont les valeurs que défendent les Jeunes Socialistes en ce qui concerne l'emploi?

Nous sommes des grands partisans de la réduction du temps de travail, notamment dans des périodes de chômage de masse, ce qui est globalement le cas pour l'ensemble des jeunes européens aujourd'hui. Dans une période où la croissance est faible, il est crucial d'inventer un nouveau modèle de développement. Celui-ci est fondé sur un partage du temps de travail encore plus important que celui qui existe aujourd'hui. Cela peut passer par la semaine de 32 heures. Mais aussi par le fait de permettre, sur la durée de la carrière professionnelle, d'aménager le temps de travail, en donnant la possibilité de prendre une année sabbatique tous les dix ans, ou en baissant l'âge de départ à la retraite.

Quels sont les nouveaux combats qui se posent dans le monde du travail à l'heure actuelle?

Tout d'abord, il y a la lutte liée aux conditions de travail. Cela inclut combattre la précarité du travail, à savoir faire en sorte d'avoir des emplois de qualité avec un salaire correct, mais aussi un contrat à durée indéterminée qui se doit d'être une norme. Ensuite, il y a le burn out qui n'est pas reconnu comme une maladie liée au monde professionnel. Or énormément de Français y sont confrontés, victimes des nouvelles techniques et stratégies de management en entreprise.

Une mesure est à souligner en cette journée des travailleurs. Il s'agit du fait qu'on va enfin rendre les jeunes de moins de 25 ans éligibles pour la prime d'activité, qui remplacera, au 1er janvier 2016, la prime pour l'emploi (PPE) et le RSA activité, deux dispositifs de soutien aux salariés précaires. Cela signifie un gain de pouvoir d'achat pour les jeunes de moins de 25 ans qui n'avaient pas droit à cela auparavant, ce qui constituait une forme de discrimination. Les Jeunes Socialistes voudraient inclure aussi les étudiants salariés, les apprentis, et les stagiaires, pour qu'ils puissent mieux s'en sortir à la fin du mois s'ils sont soumis à la précarité.

La fête des travailleurs du 1er mai a-t-elle toujours du sens?

Bien sûr! C'est une célébration des acquis obtenus par les salariés au fil de l'histoire. Cela rappelle aussi les rapports de force qui existent dans la société entre les employeurs et leurs employés. Les salariés doivent donc pouvoir s'organiser ensemble pour peser sur leurs conditions de travail, demander une meilleure rémunération, et vouloir un modèle de société pas uniquement fondé sur travailler toujours plus, mais sur travailler mieux.

Selon moi, ce combat est encore plus important aujourd'hui, lorsqu''on voit que les salariés sont les premières victimes de la crise économique, qu'il y a des défis essentiels qui nous attendent, et qu'un certain nombre de menaces pèsent sur l'emploi et sur la protection des travailleurs. Il est donc légitime de se mobiliser aujourd'hui. Si nous ne le faisons pas, nous verrons les droits et protections diminuer petit à petit, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien à défendre…

La France fait face à une hausse du chômage. Cependant, France Stratégie a récemment publié un rapport affirmant que d'ici à 2022, de nombreux emplois pourraient être créés chaque année. Qu'en pensez-vous?

Ce que je constate, c'est qu'on prend un tas de mesures mais elles ne sont pas efficaces. Je pense qu'il y a deux manières de créer de l'emploi aujourd'hui. La première consiste à réduire le temps de travail. La seconde est d'investir dans un certain nombre de secteurs, ce qui implique que l'investissement public doit y avoir sa place, et qu'il faut remettre en cause certaines réductions des dépenses publiques. Les domaines à développer sont principalement les énergies renouvelables, l'éducation, ou encore la santé. Pour ce faire, il faut fonder les politiques économiques non pas uniquement sur des indicateurs quantitatifs, mais aussi sur des objectifs qualitatifs, en termes de nombre d'emploi, de qualité de vie, de qualité de l'éducation. En tant que socialistes, c'est aussi ce message-là que nous devons porter. Nous ne sommes pas là pour atteindre, avec notre petite calculette, les bons indicateurs, mais on est là pour atteindre un modèle de société dans lequel les gens vivent bien, dignement.

Pour en revenir à la date du 1er mai, vous savez que le FN s'est en quelques sortes attribué cette journée, et chaque année organise le traditionnel défilé en l'honneur de Jeanne d'Arc. Avez-vous un avis à donner là-dessus?

Ce n'est pas la première fois que le Front National usurpe des traditions républicaines françaises pour les tourner à sa sauce et les mettre au service de son idéologie. Dans ce défilé, on compte Marine Le Pen, Marion Maréchal Le Pen, Jean-Marie Le Pen, ce dernier qui a encore tenu des propos négationnistes il y a peu de temps. Des groupuscules d'extrême droite prennent aussi part à l'événement et sont parfois violents. Toutes les personnes présentes aux côtés de Marine Le Pen partagent ses visions pour l'avenir, des visions qui ne sont certainement pas progressistes pour les salariés. Par exemple, le Front National est pour la sortie de la zone euro. Si tel était le cas, les premières victimes seraient les salariés, et notamment les plus précaires. Selon moi, le programme de Marine Le Pen ne répond pas aux attentes des travailleurs, notamment lorsque celle-ci parle de supprimer massivement les postes des fonctionnaires.

Et vous, que faites-vous en cette journée du 1er mai?

Avec les Jeunes Socialistes, nous serons dans la manifestation à Paris, aux côtés des syndicats de salariés, afin de demander des nouveaux droits et de meilleures conditions de travail. Un hommage sera aussi rendu à Léon Blum (ancien homme politique français), ainsi qu'à Brahim Bouarram, un jeune Marocain qui a été jeté dans la Seine par des militants de l'extrême droite.