Il faut éviter de sous-estimer #François Hollande. Certains de ses opposants disent de lui qu’il est médiocre et qu’il incapable de gouverner la France. En revanche, François Hollande peut être rassuré : il reste le redoutable « manœuvrier », le Zorro de la synthèse à gauche et surtout au sein du Parti socialiste. Sans faire ombrage à Cambadélis, Premier Secrétaire du PS dont la motion A est arrivée en tête, Hollande a réussi sa manœuvre : convaincre Martine Aubry de rejoindre la motion A.

La motion A a obtenu 60% des votes des militants. Les choses sont désormais claires. Sans l’avouer (et sans faire son Bad-Godesberg comme le SPD allemand en 1959 qui a reconnu le marché comme régulateur d’une partie de la société allemande), le PS français, surtout celui de François Hollande, accélère sa mutation vers la société de marché, refusée en son temps par Jospin (qui préférait la notion d’économie de marché), mais volontairement acceptée et voulue par François Hollande.

Le Président François Hollande est en train de transformer en douceur le PS en le déconnectant des idées ouvrières fondées sur la lutte des classes, comme peuvent encore le revendiquer le Parti communiste français, le Front de Gauche ou le nouveau Parti anticapitaliste de Besancenot. La base électorale du PS est formée par d’intellectuels, de fonctionnaires et de classes moyennes qui restent, pour la plupart d’entre eux, désarçonnés face à la mondialisation. Le PS vient de leur donner une occasion de s’ancrer dans la société et l’économie de marché, tout en gardant les concepts d’égalité comme une sorte de pomme pour la soif révolutionnaire. Il faut bien établir des alliances avec les Verts et le PCF pour gagner des élections et la pomme pour la soif peut toujours servir d’aliment de convergence.

Les militants socialistes ont donc effectué un choix clair. La motion B des frondeurs, emmenée par le député Christian Paul, a obtenu 29% des suffrages. C’est peu et, contrairement à ce qui dit Christian Paul, il ne pourra pas peser sur la ligne politique du Parti, même s’il va se présenter pour le poste de Premier secrétaire contre Cambadélis.

D’autres motions, comme celle de la députée Karine Berger, qualifiée de motion D, a obtenu 9,5% des suffrages. La motion C de Florence Augier a obtenu 1,5% des suffrages. Ces suffrages, assez paradoxalement, renforcent François Hollande et montrent aux militants PS et à la France entière que la ligne politique du couple Hollande/Valls est validée et confirmée. Pour François Hollande, le chemin est désormais libre pour sa candidature à l’élection présidentielle de 2017. Il n’y aura pas de primaire à gauche, à la différence de ce qu’il se passe à droite, c'est-à-dire au Parti des Républicains entre Sarkozy, Juppé, Le Maire, Fillon, Estrosi, Bertrand et d’autres.

Une fois de plus, François Hollande a réussi ce qu’il sait mieux faire : la synthèse pour ses propres intérêts politiques. Il peut remercier Valls, Cambadélis et Martine Aubry.