A leur façon, ces quatre femmes ont marqué la campagne de ces dernières élections locales pour donner un nouveau souffle à l’opposition espagnole.

« Je ne milite pour aucun parti. J’exerce juste ma vocation de bonne soeur emmerdeuse. » Les mots de Soeur Lucia Caram adressés aux lecteurs du quotidien La Vanguardia sont nets et précis. Avec Teresa Forcades, religieuse bénédictine, elles sont aujourd’hui deux nouveaux personnages de l’opposition au traditionalisme politique espagnol. Des bonnes sœurs superstars qui rassemblent à elles deux près de 220 000 followers sur Twitter (et autant de fans sur Facebook), occupent les plateaux télés et autres cycles de conférences pour défendre leur principal objectif : le changement.

Nouvelle figure de proue de la pensée d’extrême gauche, Teresa Forcades, 49 ans, a défendu dans tout le pays un manifeste prônant un changement révolutionnaire radical. Favorable à l’indépendance de la Catalogne, à la sortie de l’OTAN, Sœur Forcades n’hésite pas à parler d’un possible « soulèvement violent et non-démocratique ». « La crise économique espagnole est arrivée à un point où elle menace le tissu social », déclare-t-elle au quotidien britannique The Guardian. Selon elle, pas de doute, l’#Espagne est sur la même mauvaise voie que le Grèce, et elle ne se prive pas de le clamer haut et fort. Ouvertement favorable au droit à l’avortement, Teresa Forcades entend même renoncer aux ordres pour se présenter aux élections de septembre aux côtés des indépendantistes catalans.

Ada Colau, pour « choisir entre la mafia ou les citoyens »

Deux autres femmes ont fait tourner la tête des déçus de la politique traditionaliste : Ada Colau et Manuela Carmena. La première, 41 ans, est devenue hier, la larme à l’œil, la première dame de Barcelone, 2e ville d’Espagne. Héritière du mouvement des Indignés et meneuse de la liste Barcelona en Comú (Barcelone en commun), Ada Colau s’est illustrée dans la lutte contre la pauvreté et le mal-logement. La semaine dernière, l’hebdomadaire allemand Stern titrait Ada Colau, la femme qui effraie avec son cœur pour parler de celle que les amis de Mariano Rajoy qualifient, eux, de « terroriste ». « Nous devons choisir. Ce sera soit la mafia, soit les citoyens. Il s’agit aujourd’hui de se débarrasser de la mafia présente dans notre ville ».

A Madrid, c’est Manuela Carmena qui agite les foules et les pronostics. Du haut de ses 71 ans, elle a accepté de mener la liste Ahora Madrid, soutenue par le parti anti-austérité Podemos. Décrite comme une candidate « plus radicale que les radicaux » par Rafael Lopez Diéguez, l’un de ses adversaires dans la course à la mairie de Madrid, elle est aujourd’hui considérée comme la porte-parole de la classe moyenne madrilène et souhaite taper du pied dans la fourmilière des acteurs de la corruption L’ancienne magistrate s’exprime à ce sujet sur son blog Reinventemos la Justicia en réaffirmant son désaccord et son doute vis-à-vis des lois adoptées par l’actuel gouvernement : « Y’a-t-il un rapport entre la loi de procédure criminelle, approuvé par le gouvernement vendredi dernier, et l’éradication de la corruption ? » Manuela Carmena doit maintenant négocier une alliance avec le parti socialiste pour celer sa victoire à la tête de la capitale espagnole. #Élections