C'est à l'âge de 88 ans que Charles Pasqua s'est éteint à l'hôpital Foch de Suresnes dans les Hauts-de-Seine. Selon sa famille, l'homme politique serait décédé des suites d'un accident cardiaque. Il succède de peu à son fils Pierre-Philippe décédé en février dernier.

Gaulliste de la première heure

Il rejoigna la résistance dès l'âge de 16 ans auprès du Général de Gaulle. Il accompagna ainsi son père déjà très engagé après l'invasion nazie de la zone libre. A partir de là, il louera une loyauté sans faille pour l'homme de l'appel du 18 juin. Il fera partie du RPF dès sa fondation. Après avoir repris ses études en droit, épousé la femme qui restera à ses côtés jusqu'au bout, il sera rapidement pris à l'essai dans l'entreprise marseillaise Ricard.

Une ascension rapide

Il est très vite nommé inspecteur des ventes pour la Corse, pour finir numéro deux de la société.

En parallèle, il devient cofondateur du SAC, le service d'action civique, qui servait de police spéciale défendant les idées gaullistes. La réputation du SAC défrayera régulièrement la chronique pour ses répressions violentes. On pouvait compter parmi ses membres, des militants, des gendarmes ou policiers, mais aussi quelques personnages emblématiques de la pègre comme Jo Attia ou "le beau Serge", ainsi que des anciens de la gestapo comme Georges Boucheseiche.

Après 1968, Charles Pasqua quitte Ricard pour créer sa propre entreprise Euralim qui commercialise l'Americano. Il est enfin élu député UDR dans la circonscription de Clichy-Levallois.

Après de Gaulle, Chirac

Après le décès du Général, c'est auprès de Jacques Chirac qu'il milite. Il permet au jeune politicien de prendre la tête de l'UDR et d'en faire le nouveau RPR. En 1981, les deux hommes décident de faire tomber le président Giscard d'Estaing qui tente un second mandat, quitte à faire voter une partie des militants RPR pour Mitterand, afin de prendre le total pouvoir à droite. En 1986, le RPR gagne les législatives, Chirac devient le Premier Ministre de cohabitation sous Mitterand, et Charles Pasqua, ministre de l'Intérieur.

Une politique musclée

A partir de là, il s'engage dans une lutte âpre pour faire tomber les socialistes. Il remet un dossier intitulé "Turpitudes socialistes" au journaliste Patrick Buisson du magazine d'extrême droite Minute.

Avec sa politique rigide et sans ambages, et l'arrestation des terroristes d'Action Directe, sa phrase : "Il faut terroriser les terroristes" deviendra culte parmi les militants du RPR.

A la veille du second tour des présidentielles de 1988, il est l'acteur principal de la libération des otages du Liban Jean-Paul Kauffmann, Marcel Carton et Marcel Fontaine.

Mais Jacques Chirac échoue, et François Mitterand est élu pour la seconde fois.

La rébellion

Déçu par la politique hésitante de Chirac, Pasqua décide de s'associer à Philippe Seguin. Ensemble, ils s'opposent régulièrement à la présidence du RPR. En menant campagne contre le traité de Maastrich, il rallie à lui un électorat populaire jusque là laissé au Front National. Même si il a toujours exprimé un mépris à l'égard de Jean-Marie Le Pen, il n'a jamais nié partager certaines de ses idées.

Mais il connaît de plus en plus d'inimitiés avec d'autres membres du RPR. S'il dirige le Conseil Général des Hauts-de-Seine, il se verra souffler la mairie de Neuilly-sur-Seine en 1983 par Nicolas Sarkozy. Mais c'est son soutien surprenant à Edouard Balladur en 1994, qui finit d'exaspérer ses anciens amis du RPR.

Du RPR aux affaires

Perdant tout soutien après la défaite de Balladur, il décide de créer son propre parti le RPF avec Philippe de Villiers. Mais les affaires le rattrapent. Financement illégal de parti, vente d'armes en Angola, détournement de fonds, complicité et recel de biens sociaux, ce ne sont pas loin d'une dizaine d'affaires dans lequel son nom est cité.

Il dira plus tard, que ses problèmes ont commencé à partir du jour où il affirma son intention de se présenter aux présidentielles de 2002. A partir de ce moment, tout aurait été fait pour l'éliminer. Charles Pasqua a été condamné à de la prison avec sursis pour deux des dossiers.

«Ce diable de Monsieur Pasqua»

C'est par ces mots que Mitterand évoquait Charles Pasqua. Ce qu'il laisse derrière lui, c'est le souvenir d'un homme plein d'ambiguïtés.

Du résistant héroïque à ses amitiés avec d'anciens membres de l'OAS, de son dévouement à Chirac avant de le trahir pour rejoindre Balladur, des répressions violentes contre les manifestations étudiantes de 1986 qui verra la mort de Malik Oussekine à celles de 1994, de sa vision intransigeante de la justice avec sa volonté de rétablir la peine de mort, aux affaires dans lesquelles il a trempé,...

Ce qui est sûr, c'est que ce bon-vivant du sud à l'accent chantant, ce fils d'un policier, petit-fils d'un berger corse, emporte avec lui de nombreux secrets... #UMP #Paris politique