Interrogée par BFM TV et RMC à propos du travail dominical, Christiane Taubira a exprimé son rêve d'un monde dans lequel nous ne travaillerions pas le samedi et le dimanche. Et d'ajouter : "L'idéal, c'est que les gens travaillent 32 heures par semaine, pour avoir le temps de visiter les musées,  d'aller à la plage, d'échanger avec leurs voisins, de se rendre en librairie, au cinéma ou encore au théâtre. Voici la société dont nous pouvons tous rêver."

Des propos qui lui ont valu un rappel à l'ordre du Premier ministre Manuel Valls, qui n'a pas manqué de rappeler la loi en vigueur : "Aujourd'hui, il y a un temps de travail qui existe, il y a les 35 heures même si le temps de travail effectif avoisine les 39 heures. Les Français, ce qu'ils veulent c'est un #Emploi. Engageons-nous dans la croissance et le travail pour notre pays. C'est mon action depuis mon arrivée au #Gouvernement."

L'utopie de la semaine de 32 heures en France ?

A y regarder de plus près, l'idée de Christiane Taubira n'est pas si mauvaise. C'est d'ailleurs une revendication de longue date émanant du syndicat CGT.

Sur le fond du propos, la réalité est tout à fait crédible. La productivité individuelle des salariés français est l'une des meilleures au monde et la valeur ajoutée du travail est tout autant qualitative. Il ne serait donc pas absurde de réfléchir à une durée hebdomadaire du travail à 32 heures, dès lors que sur le plan économique, l'on ne dévie pas sur la notion de partage du travail.

Croissance et chômage

La croissance annoncée de 1,2 % pour l'année 2015 n'inversera pas la courbe du chômage. Elle en sera tout au plus un frein à son augmentation. La diminution du temps de travail se manifeste donc comme une perspective de création d'emplois durables. Les charges liées à l'emploi sont conséquentes pour le patronat et les artisans. De plus jusqu'à présent, la réduction des charges patronales sur l'emploi et les exonérations des charges fiscales n'ont abouti, qu'au maintien du niveau de l'emploi.

Il faut faire preuve de beaucoup plus d'audace. L'Etat, premier employeur du pays doit donner l'exemple, en commençant par combler les milliers d'emplois vacants dans les services publics. Les hôpitaux de Paris, en proie à des grosses difficultés de fonctionnement, que Martin Hirsch tente de résoudre en adaptant les moyens aux besoins, sont la vitrine des défauts de stratégie du gouvernement.

Les besoins créent les moyens et non l'inverse. Les emplois existants non pourvus accentuent le déficit de la sécurité sociale, des régimes de retraite et des caisses de l'Etat, puisque personne n'est alors en mesure de cotiser. Des économies de bouts de chandelle qui coûtent très cher à nos institutions sur le long terme.

Faire d'un rêve, une réalité économique et sociale

Le rêve de Christiane Taubira peut se concrétiser, cependant cette réalité ne repose pas exclusivement sur l'attribution des postes aujourd'hui vacants.

Contraindre dans un premier temps par pénalités financières ou autres, les entreprises de plus de 100 salariés à la création d'emplois nécessaires à la réduction du temps de travail tout en exonérant de charges de ces emplois, est un exemple de stratégie d'entreprise sur lequel il convient de méditer. Il s'agit de se donner les moyens de réduire le nombre de chômeurs et de faire rentrer de l'argent dans les caisses des organismes sociaux et de l'Etat.

Oui, il faut oser le dire. Et pour oser le faire, il faut juste se poser une simple et unique question : Les exonérations des charges salariales à l'issue de la réduction du temps de travail vers 32 heures, coûteraient - elles plus cher que les allocations chômages des personnes qui retrouveraient du travail ? #Chômage