Si on veut comprendre le débat sur « la guerre de civilisation », il faut faire un détour par Samuel Huntington qui, avant l’attaque des Twin-Towers, a élaboré  le concept du choc des civilisations en 1993pour accompagner l’opposition entre l’Occident et le monde musulman. C’est au nom de cette maxime géopolitique que les Etats Unis ont justifié leur intervention et l’invasion de l’Irak. Samuel Huntington a montré à la suite de Fukuyama (ouvrage sur la fin de l’histoire) que l’histoire ne pouvait pas être universelle, qu’il y avait une séparation entre le bon grain (Occident) et l’ivraie (Monde musulman) dans la façon de concevoir les relations entre les hommes.

L’utilisation de ce concept fait flores et la donne actuelle du #Terrorisme oblige certains responsables politiques occidentaux à utiliser le concept du choc des civilisations qui s’apparente à une guerre pour dénoncer l’inacceptable. Le Premier Ministre Valls serait-il tombé dans un traquenard linguistique ? Quelles sont les raisons qui l’ont poussé à parler de guerre de civilisation au lieu de parler de la lutte du monde, voire de l’Occident, contre le terrorisme ? Les raisons sont internes à la phrase et tournées vers la géopolitique mondiale.

Sur le plan interne, le Premier Ministre Valls a conscience que l’esprit du 11 janvier « Nous sommes tous Charlie » a disparu. La bataille politique et idéologique a repris ses droits, la Droite charge le gouvernement pour son incapacité à lutter efficacement contre le terrorisme, tout en se réjouissant que le gouvernement utilise le mot qui au départ avait l’objet d’une critique brutale contre les dirigeants de Droite. Valls a compris que l’esprit Charlie a disparu et que le Droite gagne des points dans la société française qui devient de plus en plus tendue vis-à-vis du climat anxiogène introduit par le terrorisme.

Sur le plan extérieur, Valls explique dans l’émission I-Tele/Le Monde ce 28 juin, que François Hollande a eu raison de s’opposer au djihadisme au Mali, de favoriser le retour de la démocratie et d’être le témoin privilégié des accords entre le gouvernement malien et les Touaregs du Nord-Mali. Sans le dire, le Premier Ministre Valls reconnait que les valeurs humaines démocratiques et occidentales ont vaincu les valeurs inhumaines des groupes terroristes qui se réclament souvent de la religion musulmane.

Nous sommes là au cœur d’un débat qui va être récurrent jusqu’à la campagne présidentielle de 2017 car cette question pose le problème de l’identité française. Que veut dire être français de nos jours ? Quelles sont les critères communs d’une francité acceptable de tous et par tous ? Comment construire une société française taiseuse mais qui a peur de la diversité montante dans la société française ? Marine Le Pen a été la première à mettre en avant les questions de valeur et de civilisation. La plupart des partis politiques lui ont opposé une fin de non recevoir avant de se rabattre par opportunisme politique sur ces thèmes.

Il reste aux musulmans à dénoncer clairement ce type d’attentat, ce qui a été fait à Lyon, mais cela reste insuffisant car souvent incompris par une grande partie de la société française qui procède souvent par amalgame en confondant terrorisme et monde musulman.