L’#Islam compte, selon les statistiques établies, entre 4 et 5 millions de musulmans en France. Tous ne sont pas pratiquants ou de nationalité française, mais ils se reconnaissent comme musulmans dans la société française. Les relations entre l’Islam et la société française sont relativement récentes et datent des années 1970, ce qui tend à montrer que les rapports entre l’Islam et la République ne peuvent pas être analysés au même titre que ceux (plus anciens) existant entre le judaïsme  et la République ou entre la chrétienté (catholiques et protestants) et la République.

Pour le Premier Ministre et le Ministre de l’Intérieur, il s’agit de donner plus de visibilité et de respectabilité à nos compatriotes français musulmans pour que ceux-ci pratiquent leur religion selon les règles de la République. Ce n’est pas la République qui définit la façon de pratiquer l’Islam, mais elle a le droit, comme pour le judaïsme et la chrétienté, de fixer les règles de fonctionnement.

Plusieurs questions restent à l’ordre du jour : la formation des imams (il faut donc des imams formés et parlant le Français), les aumôniers musulmans dans les prisons, les carrés musulmans dans les cimetières, la construction des mosquées qui ne doit pas être financée par les pays étrangers. Après l’échec du Conseil français du culte musulman dont la création en 2003 a été favorisée par Nicolas Sarkozy Ministre de l’intérieur, il fallait donc une autre instance, plus « sociétale » et plus représentative des musulmans de France.

Si l’intention du gouvernement est louable et doit être saluée, il faut noter que l’islam en tant que religion est fondé sur une totalité. Expliquons-nous : on est musulman du matin au soir et la distinction dans l’islam entre sphère privée et sphère publique n’a pas beaucoup de sens alors qu’elle est possible dans la chrétienté et dans le judaïsme. Il y a là donc un élément de réflexion important qui doit être abordé pour éviter les malentendus. Une réflexion de la part des imams et des théologiens musulmans est indispensable pour expliquer et rendre compatible la pratique de l’islam avec la République.

Il y a un débat qui n’est pas souvent évoqué : celui relatif à la cohabitation entre la loi islamique et la loi républicaine. Il faut qu’il y ait un dialogue permanent car, si certains laïcistes radicaux expliquent que la loi de la République l’emporte (encore faut-il l’expliquer à nos compatriotes musulmans qui, forts de leurs droits, pensent que la loi islamique et sociétale est importante), d’autres, au nom d’une pratique sociologique et d’une laïcité différentielle, estiment que l’on peut faire exister la loi islamique en même temps que la loi républicaine. Nous sommes là dans des temporalités différentes qui peuvent entraîner les malentendus.

L’instance de dialogue qui vient d’être mise en place doit se saisir de toutes ces questions pour que nos compatriotes musulmans pratiquent leur religion comme n’importe quel français et pour que la stigmatisation diminue car on ne la fera jamais disparaître. En revanche le dialogue est indispensable pour le vivre-ensemble. #Manuel Valls