L'une est madame la maire, l'autre est madame l'amère. L'une est restée treize ans dans l'ombre du pouvoir de l'Hôtel de Ville de Paris avant de briller, l'autre députée et ancienne ministre a dû s'imposer à la tête d'une droite parisienne divisée. Deux protagonistes politiques, Anne Hidalgo (55 ans) et Nathalie Kosciusko-Morizet (42 ans) que tout oppose : styles, ambitions et vision de Paris.

« La concierge » et les « moments de grâce »

Anne Hidalgo, fille d'immigrés espagnols arrivés sur le sol français à la fin des années 60, est une ancienne inspectrice du travail. Véritable « force tranquille », elle a su construire son ambition de devenir première femme élue à la tête de la ville de Paris dans l'ombre de son mentor et ancien maire de la capitale, Bertrand Delanoë. Surnommée « la concierge » par le camp de NKM, lors des élections municipales de mars 2014, Hidalgo a sans nul doute peu goûté aux dernières caricatures de l'élue de droite commandées au dessinateur Ménégol pour fêter la première année de l'élue socialiste à la tête de Paris.

Nathalie Kosciusko-Morizet, polytechnicienne tout comme son père, petite fille d'ambassadeur, est souvent présentée par ses opposants comme une héritière politique. Aujourd'hui numéro deux du parti Les Républicains, elle est la première opposante parisienne face aux socialistes emmenés par Hidalgo. Lors de la campagne électorale, la députée de l'Essonne s'était faite remarquer dans les médias pour avoir posé avec des SDF, la cigarette à la bouche, ou encore par ses déclarations sur le métro, qui selon elle, est un lieu où l'on peut vivre de véritables « moments de grâce ». Peu importe les railleries de ses détracteurs, la conquête de Paris reste le premier objectif de NKM avant de se prédestiner à des ambitions cette fois-ci… nationales.

Un nouveau vote carré pour la tour Triangle ?

C'est le sujet brûlant entre l'édile de Paris et l'ancienne ministre de l'Écologie de Nicolas Sarkozy. A l'automne 2014, le vote à bulletins secrets au Conseil de Paris, pour décider de la construction de la tour Triangle avait donné lieu à une scène de théâtre surréaliste ! Les élus LR (ex #UMP), UDI, Verts et Front de gauche unis avaient voté contre, en brandissant devant les caméras leur bulletin avant de le glisser dans l'urne. Le projet avait alors été rejeté par 83 voix contre 78 pour. Anne Hidalgo, livide, avait menacé de porter recours devant le tribunal administratif pour vérifier la légalité des votes. Fin juin, la construction de la tour Triangle sera à nouveau soumise aux votes des élus parisiens. Si le groupe LR emmené par NKM a d'ores et déjà fait savoir qu'il voterait contre, Hidalgo pourrait arracher une courte victoire avec le soutien de plusieurs élus centristes.

Bras de fer pour la présidence du Grand Paris

Le Grand Paris est encore un nouvel exemple qui illustre la guerre que se livrent la maire de Paris et Nathalie Kosciusko-Morizet. Mais cette fois-ci les querelles se règlent dans les plus hautes sphères politiques de l'État. Début juin, le gouvernement déposait un amendement devant le Sénat visant à réduire la taille de l'assemblée de la nouvelle organisation territoriale, passant de 348 à 210 membres. Anne Hidalgo avait déclaré à propos du premier chiffre qu'il était « ridicule et inassumable ». Le but, selon ses opposants politiques : priver NKM d'une éventuelle présidence du Grand Paris. Mais c'est un échec pour l'édile socialiste ! Contré par les sénateurs LR, puis par les députés, réunis en commission sur la loi sur la nouvelle organisation des territoires (Notre), pour une seconde lecture, l'amendement du gouvernement a été repoussé. L'actuel numéro deux des Républicains avait dénoncé devant ses collègues députés un dispositif comme étant « vraiment à la tête du client ou, en l'occurrence, à la tête de la cliente».

Qui de « la discrète » ou de « la vedette », comme le titrait Le Monde en janvier 2014, obtiendra gain de cause ? En attendant, d'autres combats et sujets de discordes se profilent déjà dans les couloirs de l'Hôtel de ville de Paris entre NKM et Hidalgo (implantation de casinos, réaménagement des berges de Seine, centre d'accueil des migrants). Alors pourquoi ne pas proposer comme unique slogan à ces deux adversaires politiques : « Œil pour œil, dent pour dent ». Madame la maire et madame l'amère, cette proposition aurait au moins pour principal effet d'économiser des frais en communication. Car rappelons-le, il manque à la ville de Paris plus de 300 millions d'euros pour boucler son prochain budget. Faites vos jeux mesdames… #PS #Paris politique