Les efforts du gouvernement pour résoudre la crise restent incompris

La crise agricole couvait depuis de nombreux mois et l’exécutif a tardé à en prendre la mesure, même si, depuis fort longtemps, Stéphane Le Foll discutait avec les professionnels des filières viande et lait. Le pouvoir de nuisance des agriculteurs pour l’instant reste limité, mais peut devenir très vite politique et ruiner les efforts de Manuel Valls et du Président de la République qui essaient d’éteindre l’incendie.

600 millions d’euros ont été mis sur la table afin de répondre aux problèmes des cours, des prix, des étalements des renforcements des crédits et de l’allégement des charges. Rien n’y fait car deux problèmes restent irrésolus : désigner dans la filière les responsables de la confiscation de la rente agricole doivent bénéficier les éleveurs, ce qu’a refusé de faire Stéphane Le Foll. Les éleveurs rendent responsables les transformateurs de la filière viande ainsi que les distributeurs. Un autre problème est bien la mise en place, à l’image de l’Allemagne, des fermes firmes de grande taille pour l’exploitation de la viande en France et de son exportation vers les marchés étrangers demandeurs, comme le Liban, la Turquie, voire d’autres pays européens. Les éleveurs français restent sous-compétitifs car leur horizon traditionnel est la France et l’Europe avant le reste du monde. Il faut le dire et mettre en place les conditions humaines, techniques, organisationnelles pour modifier le rapport entre les éleveurs français et les marchés étrangers.

Pourquoi l’#Agriculture et l’élevage français sont confrontés à des difficultés

Nous sommes au cœur d’une question centrale liée au fonctionnement de l’agriculture française qui, depuis le 19ième siècle, pour des raisons de propriété et de succession, préfère la petite exploitation à la très grande exploitation. Les Français ont beaucoup de mal à travailler ensemble dans le domaine de l’agriculture comme en Allemagne. La parcellisation des exploitations agricoles, les enjeux de la nouvelle agriculture biologique et des problématiques de transition énergétique qui doivent accompagner l’agriculture de demain, constituent autant de freins de blocage pour une agriculture productive et de qualité.

Faut-il un plan Marshall agricole européen pour aider l’agriculture française ?

La crise agricole nécessite une consultation européenne. Mais pour faire quoi ? Les Allemands et la plupart des pays du nord ont pris le pouls des enjeux nouveaux de l’agriculture et se sont adaptés, mais pas en France. Dans les 24 mesures prises par le gouvernement pour soulager le secteur, un problème reste entier : celui des rapports entre la Banque publique d’investissements et les banques créancières des agriculteurs. Comment vont se faire les transactions ? Pourquoi attendre septembre pour qu’un certain nombre de ces relations financières soient mises en place ? Les producteurs de la filière laitière sont reçus par les pouvoirs publics car ils estiment qu’ils ont été laissés de côté au profit des producteurs des filières bovines et porcines. La crise agricole, si elle n’est pas résolue par les pouvoirs publics, risque de profiter aux souverainistes, surtout au Front national et à une partie des Républicains. Faut-il blâmer les Allemands pour leur efficacité compétitive ? Que la France regarde la poutre enfoncée dans son œil au lieu de dénoncer la concurrence déloyale qui embaucherait les européens de l’Est à des salaires bas.

La crise agricole peut devenir politique au profit des souverainistes et du Front National.

Les élections régionales arrivent et elles risquent d’être négatives pour le Parti socialiste comme l’ont été les autres élections municipales et départementales. Les éleveurs estiment que les paroles des pouvoirs publics socialistes doivent être suivies de faits. Or, malgré la prise de conscience de la crise agricole par le gouvernement, l’opinion reste marquée par l’idée que le gouvernement socialiste n’a pas de stratégie établie pour l’ensemble des problèmes concernant nos citoyens (chômage, crise agricole, impôts, modernisation de l’économie, marché du travail). Ce sentiment de flottement risque de coûter cher au gouvernement et au Parti socialiste aux élections régionales, voire à la présidentielle de 2017. #Crise économique