Les désirs du Président Hollande pour une zone euro à géométrie variable

Dans le Journal du Dimanche du 19/07/2015, le Président Hollande demande à la zone euro de reprendre l’idée de Jacques Delors de créer un gouvernement économique, une harmonisation fiscale, un parlement de la zone euro, un budget européen avec un nombre de pays restreint et une mutualisation des dettes souveraines. La France, selon Hollande, doit être première en matière d’avant-garde d’intégration de l’#Union Européenne.

François Hollande demande la création d’un gouvernement économique à 6 pays, ce que ne manqueront pas de contester les autres membres de la zone euro. Il n’y a pas d’accord entre les différents pays européens pour l’harmonisation fiscale. Le Luxembourg garde son paradis fiscal, l’Allemagne est dans sa puissance économique et ne souhaite pas partager le leadership avec la France qui croule sous les dettes et sur une faiblesse en matière de compétitivité.

L’opposition Hollande/Sarkozy concernant la gestion de la zone euro.

La zone euro va avoir du mal à fonctionner, même si #Nicolas Sarkozy demande un leadership du couple franco-allemand dans la zone euro. Hollande demande un gouvernement économique pour pousser son avantage après l’affaire grecque. Sarkozy pense que Hollande n’a pas tenu suffisamment compte des désirs de l’Allemagne. Nous sommes assez paradoxalement au-delà de la crise grecque et nous sommes ramenés à une problématique franco-française de politique intérieure en vue de l’élection présidentielle de 2017.

La vérité est ailleurs. La zone euro ne marche pas à cause des positions différentes entre l’Allemagne et ses partenaires. Pour l’Allemagne, il faut respecter les traités et les règles budgétaires. Pour la France, il faut arriver à une Europe sociale. Pour les Etats européens du sud, comme la Grèce, la zone euro doit intensifier ses transferts en cas de crise. Nous sommes là dans une zone euro à géométrie très variable, sans consensus, sans stratégie, avec des dirigeants français qui étalent au grand jour leurs désaccords sur le fonctionnement réel de l’Europe. L’Allemagne a accepté de se débarrasser du deutschemark en espérant que ses partenaires européens allaient adopter une trajectoire de responsabilité en matière de dettes souveraines, de compétitivité et de mise en œuvre des politiques de compétitivité adéquates pour permettre aux économies d’être en situation de responsabilité économique. Ce n’est pas le cas quand on voit la Grèce et peut-être demain la France.

Hollande et Sarkozy politisent à tort le dossier de la zone euro pour des raisons de politique intérieure française.

Le diagnostic est posé et accepté de tous, sauf qu’en France les solutions de sortie et de remodelage de la zone euro opposent deux impétrants à l’élection présidentielle française de 2017, #François Hollande et Nicolas Sarkozy. Comme d’habitude, les débats en France et les solutions ont comme matrice la politique. En Allemagne, c’est différent. Les débats sont politiques mais les solutions sont économiques et surtout très pratiques. En France, on passe beaucoup de temps à l’analyse politique et à conforter une position politique, non pour le bien de la collectivité, mais surtout pour déstabiliser l’adversaire politique. L’opposition Hollande/Sarkozy sur le dossier de la zone euro est bien l’illustration de cette approche politique des problèmes et des solutions éventuelles. Sarkozy estime que la France seule ne peut rien faire dans la zone euro. Elle doit consulter son partenaire de référence, l’Allemagne. Or, la puissance économique de l’Allemagne impose une vision de suprématie que refuse Hollande qui, sans le dire, ne souhaite pas voir la France à la remorque de l’Allemagne.

Plutôt que de parler de ce qui fait les faiblesses de la France en matière de compétitivité, de fiscalité, de cotisations sociales et d’incapacité de nos entreprises à abonder leurs carnets de commande et à renvoyer l’ascenseur aux pouvoirs publics qui prennent des décisions en leur faveur, on s’étale en bavardage politique inutile. Il ne s’agit pas ici d’accuser, ni d’abaisser la réflexion au niveau de l’insulte, mais de constater que, pendant que nous causons, puisque nous sommes des beaux causeurs, l’Allemagne travaille. Que Hollande et Sarkozy se ressaisissent et parlent vrai, le premier en disant ce qu’il compte faire d’ici à la fin de son mandat, le second en proposant aux Français un projet, un programme, des idées pour une alternance crédible avec une condition : gagner les primaires au sein des Républicains.