Dans un texte écrit pour le Nouvel Observateur (numéro du 30 novembre-6 décembre 1995 p.115-121,), Régis Debray, normalien, philosophe, ancien Conseiller de François Mitterrand et intellectuel français, pose deux questions dont la résonnance n’est pas anodine aujourd’hui : à quoi reconnait-on l’identité d’une République ? Pourquoi y a-t-il une confusion intellectuelle entre les concepts de République et de #Démocratie ? Régis Debray propose une réponse : la République et la Démocratie ne sont pas synonymes. L’idée de République est issue de la révolution française et celle de Démocratie du modèle de l’histoire anglo-saxonne. La République valorise la citoyenneté et l’intérêt général, la Démocratie la société libérale et consumériste, l’intérêt particulier et le marché. La France depuis les années 1980 à nos jours hésite: faut-il privilégier la République en refusant les particularismes démocratiques au citoyen ? Faut-il au nom d’une laïcité relative valoriser la démocratie contre la République ?   Comment établir un pont entre République et Démocratie ? La paresse intellectuelle valorise la « synonimie » des deux concepts. La réalité est autrement plus difficile.

 

République et Démocratie ne peuvent être confondues dans la pratique.

 

Prenons quelques exemples pour discuter des concepts de République et de Démocratie. A propos des menus sans porc le Tribunal administratif a répondu positivement au Maire de Saône et Loire Gilles Platret qui voit dans ce jugement un triomphe de la République. Pour les défenseurs de cette même République et au nom de la Démocratie, il faut donner des menus de substitution aux élèves musulmans ou juifs qui ne mangent pas de porc. Cet exemple peut paraitre anecdotique car dans la pratique on peut résoudre facilement le problème. De manière symbolique les choses sont complexes. La société française a démocratiquement changé. Au 19ième siècle, les immigrés venant d’Europe étaient globalement chrétiens. Le modèle d’intégration était celui de l’assimilation au nom de la citoyenneté. Avec les nouveaux immigrés d’Afrique noire et du Maghreb, les pratiques religieuses sont dominées par l’Islam. La communauté ici est valorisée et le modèle d’intégration fondé sur l’assimilation est contesté justement au nom de la différence, d’une laïcité relative et donc d’une démocratie radicale fondée sur les particularismes.

 

Comment la France peut-elle résoudre cette fine opposition ?

 

La France a connu en janvier 2015 des troubles terroristes dont les auteurs ont mis en avant l’aspect communautaire et religieux. Pour certains, la République avait encore besoin de plus de République en apportant une réponse plus radicale  (ateliers de travail sur le renforcement de la République ou de ses symboles -drapeau, absence de signe religieux à l’école, etc.-). Cette pathologie politique s’accompagne d’autres maux économiques et d’un mal-être social que la République n’arrive pas à endiguer. Comment ouvrir la République à la mondialisation tout en respectant ses particularismes démocratiques comme avec les éleveurs qui contestent justement cette trop grande ouverture ? Nous sommes au cœur de l’ambiguïté à la française : toujours plus de Démocratie, donc de liberté, donc de marché mais avec les moyens de l’Etat. Pour dire les choses autrement, chaque fois qu’une catégorie sociale se sent prise au piège de l’ouverture de sa profession au marché, elle fait appel à l’Etat.

 

La France  renforce son Etat de droit ainsi que ses institutions tant bien que mal, mais assez paradoxalement la France a mal à sa démocratie car, malgré les discours de synthèse, on peut se demander si le texte emblématique de séparation entre République et Démocratie mise en évidence par Régis Debray ne trouve pas ici son sens.

http://fr.blastingnews.com/politique/2015/08/pas-de-menu-de-substitution-en-saone-et-loire-00515907.html

http://fr.blastingnews.com/politique/2015/07/la-regle-et-la-souverainete-le-marche-contre-la-democratie-en-grece-00468639.html #Immigration #Gouvernement