De nombreuses compagnies, comme Panam, Swissair, ne font plus partie du ciel mondial. On le craint pour Air France dont la capitalisation, de l’ordre de 1,8 milliards d’euros, est une proie relativement facile. D’autres compagnies moins importantes et low-cost, comme Easy Jet, affichent une capitalisation de l’ordre de 10 milliards. Mais, pour des raisons politiques et nationales, l’Etat, actionnaire minoritaire à hauteur de 17% du capital, n’acceptera pas ce type de deal s’il devait avoir lieu.

 

Le décor posé, essayons de comprendre ce qu’il se passe à Air France. Passons très vite sur l’image désastreuse du Directeur des Ressources humaines dont la chemise déchirée et l’escalade à pas forcés du grillage montrent que la violence sociale, même si elle a été condamnée par les syndicats, est au cœur des relations sociales en France. C’est vrai dans l’entreprise, mais  c’est aussi vrai dans la société. On aimerait bien la cacher mais elle est là, dans le champ politique. Il a suffi de voir comment Sarkozy, patron des LR, a traité les syndicats de chienlit, pour se voir tout de suite remettre à l’ordre par le Président de la république, Hollande, qui est pour le dialogue social et la négociation comme moyen de débat de la part des corps intermédiaires avec le patronat. Il faut féliciter le discours ferme et les mots précis du Premier Ministre Valls qui a qualifié les auteurs des actes de voyous.

 

Revenons à l’essentiel. Après de nombreux plans de remise en forme stratégique (plans, transformations, performances), Air France a réussi un mariage heureux avec KLM et permet à l’aéroport de Roissy d’être un hub de niveau mondial pour ses avions. Depuis fort longtemps, la compagnie Air France est cogérée avec les pilotes, essentiellement le syndicat national des pilotes de ligne qui se comporte comme dépositaire d’une rente à vie dont ses membres bénéficient de façon permanente grâce à des rémunérations supérieures à celles des autres pilotes européens. L’émergence d’un modèle économique articulé autour du luxe et du low-cost a impressionné Air France qui ne sait pas faire et on sait les grèves qui ont entrainé l’annonce de l’alignement des salaires des pilotes de grande ligne sur ceux de moyens courriers et low-cost comme Transavia, filiale d’Air France.

 

Des compagnies, comme Emirates, sont accusées par Air France de recevoir des subsides de la part de leurs Etats pour articuler qualité, faibles coûts et prix bas. Le problème est ailleurs : Air France n’a pas vu le monde changer et les conditions d’exploitation des avions se transformer. Aujourd’hui la demande pour le transport aérien explose. On ne peut pas dire que Air France est une entreprise privée et demander à l’Etat d’intervenir dès qu’il y a un problème.  C’est une bizarrerie qui trouve aussi sa résonnance dans la nomination du Directeur général et des cadres de la Direction par le #Gouvernement et surtout le Ministre des Transports. La plupart des grands dirigeants du groupe sont énarques ou sont passés dans les cabinets ministériels sans être pour autant ni ingénieurs, ni dotés d’une solide expérience de terrain. Une des difficultés des grandes entreprises françaises est liée souvent à un management hors sol administratif et déconnecté de l’expérience terrain. Ces administrateurs ont beaucoup de mal à se mettre dans la peau d’entrepreneurs au sens schumpetérien pour anticiper l’évolution de leur métier et prendre les décisions nécessaires. Pour Schumpeter, entreprendre c’est prendre un risque et l’assumer, or la plupart des dirigeants en France (à la différence de l’Allemagne) sont plus gestionnaires qu’entrepreneurs.

 

La mondialisation et la digitalisation de l’économie imposent une nouvelle pensée économique, de nouveaux comportements et la mise en place de nouveaux paradigmes et modèles d’intervention dans le champ économique et surtout dans le pilotage des entreprises. Il faut que les dirigeants d’Air France le comprennent et agissent avant qu’il ne soit trop tard. #François Hollande #Crise économique